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Publié par i-voix

Entretien partagé - Wajdi Mouawad : Incendies 1/3

PRÉSENTATION

Incendies est une pièce de théâtre de Wadji Mouawad, un dramaturge et metteur en scène né au Liban. Elle est parue en 2009. Cette pièce est le second volet d’un cycle (Le sang des Promesses). Elle succède à Littoral, le premier volet, paru en 1997. Cette œuvre raconte l’histoire de deux jumeaux, Jeanne et Simon Marwan, recevant un testament de leur mère, Nawal, récemment décédée. Lors de la lecture de celui-ci, ils apprennent qu’ils ont un frère et que leur père n’est pas mort comme ils le croyaient. Le notaire leur transmet deux enveloppes et une lettre. Ils apprennent qu’ils doivent donner une enveloppe à leur frère et l’autre à leur père. Ils devront prendre possession de la lettre que lorsqu’ils auront trouvé ces deux personnes. Aidés par le notaire Hermile Lebel, ils décident de partir en quête de leurs origines. Dans cette quête, les histoires du passé et du présent vont s’entremêler pour mener à des découvertes douloureuses et insoupçonnées.  Les deux jumeaux vont faire une effroyable découverte : ils vont apprendre que leur frère et leur père ne sont qu’une seule personne.  

Cette pièce est composée de 39 scènes où s’entrecroisent deux histoires : le présent des deux jumeaux et le passé de leur mère Nawal. 

J’ai choisi cette œuvre car elle abordait des thèmes qui m’intéressent. En effet, Incendies évoque de manière poignante les horreurs de la guerre civile et le chaos dans lequel elle plonge un pays. Elle parle aussi de viol et d’inceste et j’ai apprécié que l’on en parle car ce sont des sujets tabous, qui sont peu abordés dans les films ou les livres. Le panel de thèmes de cette pièce est donc intéressant car ce sont des sujets d’actualités et modernes. De plus, cette œuvre nous plonge réellement dans l’intrigue. Nous sommes dans l’histoire et avons l’impression d’être à côté des personnages. Cette œuvre nous fait ressentir de nombreux sentiments différents comme la tristesse, la colère etc... 

Pour finir, cette œuvre pose une question intéressante : la question de l’héritage. Qu’allons transmettre à notre descendance, à notre prochain ? Comment transmettre son histoire, sa culture ? 

Incendies essaye donc de répondre à cette problématique, qui est au cœur de la pièce. Il y a tout d’abord un lien entre les personnages et le rôle des objets (qui est très important dans la pièce). On observe aussi une transmission entre les personnages de l’héritage transgénérationnel.   

J’ai donc choisi ce livre car cette problématique m’intéressait et je voulais approfondir l’œuvre.  

Entretien partagé - Wajdi Mouawad : Incendies 1/3

QUESTIONS - RÉPONSES

 

Avez-vous trouvé facile d’entrer dans l’œuvre ?  Avez-vous trouvé la lecture de l’œuvre aisée ? Pourquoi ? 

Il m’a été très facile de rentrer dans l’histoire. Je me suis tout de suite attaché au personnage de Nawal et j’étais impatient de comprendre son histoire, son passé et l’intrigue. L'intrigue est particulièrement prenante dès le début de la pièce.  Cependant la lecture de cette pièce n’est pas particulièrement aisée du fait des constants allés et retours entre le passé et le présent. De plus il y a de nombreuses ambiguïtés sur l’identité des personnages.  (La femme qui chante, Nihad...). 

Comment vous êtes-vous senti(e) au moment où vous acheviez la lecture ? 

Lorsqu’on achève la lecture on est encore sous le choc de la fin. J’étais surprise car je ne m’attendais pas à cette fin, que je trouve surprenante. On essaye d’assimiler toutes les informations que l’on a reçu durant la lecture et elles sont nombreuses. Maintenant que je connaissais toute l’histoire, cela me donnait envie de relire une seconde fois le livre afin de tout comprendre. Lorsque l’on achève la lecture on est déçu que ce soit fini mais on est surtout interrogatif, on se pose beaucoup de questions sur le livre et l’histoire. On a donc envie de relire le livre afin de mieux comprendre. 

En quoi cette œuvre peut-elle encore intéresser un lecteur contemporain ? 

Cette œuvre peut intéresser un lecteur contemporain car c’est une pièce d’actualité. En effet, elle évoque la guerre de manière universelle, dans un langage poétique, qui questionne les mots eux-mêmes. Devant l’horreur que pouvons-nous faire, dire. Faut-il se taire ou exprimer l’inexprimable ? La guerre interroge donc l’homme sur son rapport au monde. Elle engage aussi une réflexion sur l’identité. Doit-on vraiment connaitre nos racines pour nous construire, pour être heureux ? On a ici une tragédie de la parole. Elle est ici mise en spectacle par l’auteur et fait naître des émotions. 

À quel personnage trouvez-vous que l’on puisse le plus s’attacher ? Pourquoi ? 

Je trouve Nawal attachante. En effet, il y a beaucoup de zones d’ombres sur son histoire, pendant toute la lecture on a de nombreuses interrogations à son égard. Au début du livre je ne la trouvais pas attachante. Elle avait arrêté de parler depuis 5 ans et n’était pas du tout affectueuse avec ses enfants. Mais par la suite, quand on apprend son histoire, son passé, on la trouve touchante car elle a vécu des atrocités. On s’attache à elle, on apprend qu’elle a été enceinte à 14 ans et qu’elle a dû abandonner son enfant, puis elle est partie à la recherche de son fils vers 19 ans, sans se douter que ce serait lui qui la violerait quelques temps plus tard. Elle a été confrontée à la cruauté de la guerre, avec les assassinats, les viols, la prison...A partir du moment où on connaît son histoire, le lecteur compatit et Nawal devient attachante à nos yeux. 

Quel passage de l’œuvre vous a le plus marqué(e) ? Pourquoi ? 

Le passage qui m’a le plus marqué est la découverte de la vérité sur le père et le frère de Simon et Jeanne. En effet, c’est un moment bouleversant pour le lecteur, on réalise l’horreur de la scène : la mère cherchait son fils, et le fils de son côté cherchait sa mère, sans savoir qu’il l’avait violé. C’est une dure réalité quand on apprend que le frère et le père de Jeanne et Simon ne sont qu’une seule et même personne. On éprouve donc de la pitié pour la mère et l’inceste nous effraie. C’est donc pour cette raison que c’est le passage qui m’a le plus marqué, du fait que ce soit la chute et que cela amène à plusieurs émotions. 

Quelle idée avancée par l’auteur vous interpelle le plus ? 

La pièce fait sans aucun doute écho à la guerre civile libanaise en 1975 dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. J’ai pu découvrir les horreurs de la guerre, des nombreuses et affreuses possibilités des humains dont j’ignorais l’existence avant comme si je sortais d’un coquons d’innocence, une petite partie de mon éducation s’est forgé dans ce livre. Je suis sorti d’un monde imaginaire (monde des bizounours) pour “revenir à la réalité” en quelques sortes.

Entretien partagé - Wajdi Mouawad : Incendies 1/3

Quelles activités d’appropriation avez-vous conduites sur cette œuvre ?  

J’ai écrit un article sur cette œuvre, sur le blog i-voix, se nommant “Je me souviens de Jeanne”. Cet article a pour but de retranscrire des anecdotes que les personnages de la pièce auraient pu raconter à propos de Jeanne. Cette écriture d’appropriation m’a permis de mieux me plonger dans le recueil afin de trouver les détails, de me mettre à la place du personnage, d’essayer de le comprendre. Je voulais montrer les différentes opinions que pouvaient avoir les personnages de la pièce sur Jeanne Marwan. 

Quels plaisirs ou intérêts avez-vous trouvés dans ces activités d’appropriation ? 

L'écriture de ces articles m'a permis de m'approprier Incendies et de dépasser la lecture passive pour aller rechercher les informations, les passages du livre, afin d'en faire une création personnelle. Les articles ont nécessité un investissement qui a permis de mieux intégrer les œuvres, et de mieux saisir leur profondeur. A travers ces articles, j’ai pu découvrir des aspects de l’œuvre que je n’avais pas discernés à ma première lecture. Je me suis renseignée davantage sur les livres. Je me suis aussi mise dans la peau du personnage et j’ai essayé de ressentir ses émotions en changeant ma perception. Les écrits d’appropriation sont le moyen d’observer Incendies d’un autre point de vue, de s’obliger à la regarder autrement. C’est aussi un moment de partage car on lit les écrits d’appropriation de nos camarades et on peut échanger à propos de nos sentiments, nos interprétations et peut-être même de nos hypothèses à propos de Incendies

Lequel des écrits d’appropriation de vos camarades avez-vous préféré ? Pourquoi ? 

L’écrit d’appropriation de mes camarades que j’ai préféré est celui de Pauline. Son article se nomme Testament de Nawal. Je le trouve très bien écrit et il témoigne d’une lecture attentive de l’œuvre. On peut voir derrière cet article tout le travail mené par Pauline. On prend du plaisir à lire son article, la lecture est agréable. Elle fait aussi référence à des éléments précis de l’œuvre, ce qui renforce la pertinence du testament. 

De quoi l’auteur s’est-il inspiré pour écrire cette œuvre ? 

L’auteur s’est inspiré de sa vie pour écrire cette œuvre. En effet, Wadji Mouawad a du quitter le Liban alors qu’il avait 10 ans à cause de la guerre civile. On peut voir l’influence de la vie de l’auteur sur son œuvre avec notamment ce qui concerne l’expérience de réfugiés de guerre, qu’a vécu Wadji Mouawad. Il s’est également inspiré de l’histoire de Souha Bechara, une militante libanaise ayant été emprisonnée durant de longues années. 

À quelle musique / quel film / quel tableau … auriez-vous envie d’associer l’œuvre ? 

J’ai envie d’associer l’œuvre au mythe de Remus et Romulus. En effet, Jeanne et Simon sont jumeaux, tout comme Remus et Romulus. Pour continuer, l’image du loup apparaît souvent dans Incendies. La première de couverture montre un loup rouge qui s’abreuve au sein d’une femme, ce qui fait penser au mythe de Remus et Romulus mais avec une inversion. Ici c’est la femme qui allaite le loup alors que dans le cas de Remus et Romulus c’est la louve qui abreuve les enfants. Pour finir, Remus et Romulus sont à l’origine de la construction d’une ville alors que dans Incendies on assiste à un effondrement de villes à cause de la guerre et de la cruauté de l’homme. 

Avez-vous gardé en mémoire 1 phrase ? Pourquoi l’avez-vous retenu(e) ? 

“L’enfance est un couteau planté dans la gorge” est une phrase clé de la pièce qui est répétée à plusieurs reprises. Cette phrase est violente et triste heureusement à la fin de la pièce Nawal finit sur une note positive en la réécrivant à son fils et en lui disant “L’enfance est un couteau planté dans la gorge et tu as su le retirer”.  

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