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Publié par i-voix

Travail hybride d'un texte de Montaigne

Les lycéen.nes i-voix travaillent actuellement par alternance au lycée : une moitié de classe en présentiel et une moitié en distanciel avec roulement hebdomadaire.

Voici, à titre d'exemple, une approche hybride d'un texte de Montaigne finalisée le mercredi 25 novembre 2020 :

1- En distanciel (avec partage et échanges avec l'enseignant via Pearltrees)  : analyses individuelles du texte + lecture enregistrée d'un extrait

2- En présentiel : écoute d'une lecture expressive + groupes de mise en commun et d'enrichissement des analyses individuelles + présentation du travail devant la classe par un porte-parole du groupe et un assistant TBI

3- En distanciel : Mise à disposition sur Pearltrees des principales réalisations autour du texte

En voici quelques traces :

- Analyses individuelles de Fanny sur les 2 premières parties du texte

- Lecture expressive par Lisa de la 3ème partie du texte

- Diaporama-support de la mise en commun via TBI

Charles IX, les Tupinambas et Montaigne

Charles IX, les Tupinambas et Montaigne

I- LE CONTEXTE DE LA RENCONTRE

Trois d'entre eux, ignorant combien coûtera un jour à leur quiétude et à leur bonheur la connaissance des corruptions de ce côté-ci de l'océan, et que de cette fréquentation naîtra leur ruine (comme je présuppose qu'elle est déjà avancée, bien malheureux qu'ils sont de s'être laissé tromper par le désir de la nouveauté et d'avoir quitté la douceur de leur ciel pour venir voir le nôtre), se trouvèrent à Rouen au moment où le feu roi Charles IX y était.

La présentation de la rencontre est orientée car tout d’abord l’impression générale lors d’une première lecture est celle de trois Amérindiens perçus comme de malheureux ignorants qui ont été dupés par les Européens.  

 

Tout d’abord, le fait que Montaigne n’en décrit que trois seulement face au peuple entier européen montrant leur “vulnérabilité”, afin de l’accentuer. Montaigne utilise le registre pathétique dans le but de nous transmettre de la pitié, de la compassion en utilisant par exemples des participes présents comme  “ignorant” (l. 490 et 492,) qu’il utilise deux fois d’ailleurs dans la continuité, pour mettre en évidence cette vulnérabilité, et l’adjectif  “malheureux” (l. 494).  

 

Un élément discret qui souligne cette idée est l’utilisation quatre fois de “leur” (l. 490, 491, 493, 495) insistant sur le sort qui est celui des Amérindiens et non celui des Européens en constante victimisation. 

 

Dans cette phrase qui est extrêmement longue, rallongée par quatre virgules et deux parenthèses, nous avons relevé deux allitérations : une en c de la ligne 490 à celle 492 et une autre en d de la ligne 493 à 495.  

 

Une figure de rhétorique courante très utilisée par Montaigne, l’antithèse, est très présente dans cette phrase. Nous en avons relevé trois : la première, la plus évidente : “tranquillité et bonheur” (l. 491) et “la connaissance des corruptions” (l. 491). Ensuite la seconde : “malheureux” (l. 494) et “désir” (l. 494). Et la dernière : “ruine” (l. 493) et “nouveauté” (l. 495).  

 

Les temps des verbes mettent un certain rythme, dirais-je, puisque dans la première partie de la phrase (jusqu’aux parenthèses), la phrase est au futur car cet emploi est fait pour décrire les conséquences à venir de cette rencontre (M lui attribue une connotation négative). Puis dans les parenthèses, le temps utilisé est le présent puisque ce qui est exprimé est la pensée du philosophe au moment-même où il écrit. Et après les parenthèses, la phrase se termine sur du passé, décrivant le “piège” dans lequel s’étaient mis les amérindiens, les regrets que Montaigne a sur leur sort. 

 

Le roi leur parla longtemps ; on leur fit voir nos manières, notre faste, l'aspect extérieur d'une belle ville.

 L’évocation des 1ers échanges est aussi orientée, car Montaigne nous a donné par les expressions choisies et leurs connotations le droit, même le devoir, de remettre en question le terme "échanges".  

 

Tout d’abord lorsqu’il écrit : “Le roi leur parle longtemps” (l.497), cela connote que c’est peut-être un monologue.  

 

Le fait d’insister légèrement sur le fait qu’on leur montre “nos manières, nos fastes, ce qu’est une belle ville.” (l. 498) ne favorise pas la défense de l’utilisation sérieuse “d’échanges”. A travers cette dernière phrase, Montaigne utilise le registre ironique car il ne partage pas cette vision d’échanges, il l’exprime de manière à faire sourire les lecteurs et nous émettons la supposition qu’il y ait une légère utilisation du registre polémique, puisque cette phrase fait rire jaune le lecteur selon nous.  

 

Ce que Montaigne a décidé de montrer à travers cette phrase est la ridicule prétention des Européens à être "un modèle universel", mais également l’endoctrinement que mènent sans relâchement des prétentieux avares de richesses et de pouvoir.    

      

II- LE POINT DE VUE DES 3 AMERINDIENS

Après cela, quelqu'un leur demanda ce qu'ils en pensaient et voulut savoir d'eux ce qu'ils avaient trouvé de plus surprenant : ils répondirent trois choses dont j'ai oublié la troisième — j'en suis bien marri —, mais j'en ai encore deux en mémoire.

L’invitation à parler ne semble pas du tout une marque de la bienveillance européenne. Selon moi ce n’est que l’usage de fausses manières afin tout d’abord de leur faire penser que leur venue a de l’importance et que les Européens ont un certain intérêt et admiration à leur égard.  

 

Hélas, ce n’est que mensonge, tout ça, la vérité est que la seule raison de cet intérêt est le fait de vérifier et d'estimer leur niveau d’endoctrinement, voir s’ils leur restent un peu de recul et de réserves à l’égard de leurs hôtes. Leur venue est simplement faîte pour visiter la vitrine de la culture, de la société européenne afin qu’ils la reproduisent parfaitement. Un exemple se trouve dans le texte : “quelqu’un leur demanda ce qu’ils en pensaient, et voulut savoir ce qu’ils avaient trouvé de plus extraordinaire”

 

Cette citation insiste sur la prétention à cette exception qu’avaient selon eux les Européens, car selon l’écriture de Montaigne se mettant dans la peau d’un d’entre eux de manière ironique (donc utilisation de ce registre), il fallait qu’ils aient trouvé forcément quelque chose d’extraordinaire. En y incluant une petite antithèse : “demanda” et “savoir” dans la même volonté de l'Européen, M y inclut l’idée que lui et les autres ne cessaient de poser les questions et d’y répondre sans trop laisser les Amérindiens s’exprimer. 

 

Après cela, quelqu'un leur demanda ce qu'ils en pensaient et voulut savoir d'eux ce qu'ils avaient trouvé de plus surprenant : ils répondirent trois choses dont j'ai oublié la troisième — j'en suis bien marri —, mais j'en ai encore deux en mémoire. Ils dirent qu'ils trouvaient en premier lieu fort étrange que tant d'hommes grands, portant la barbe, forts et armés, qui étaient autour du roi (il est vraisemblable qu'ils parlaient des Suisses de sa garde), consentissent à obéir à un enfant et qu'on ne choisît pas plutôt l'un d'entre eux pour commander ;

secondement (ils ont une expression de leur langage qui consiste à appeler les hommes moitié les uns des autres) qu'ils avaient remarqué qu'il y avait parmi nous des hommes remplis et gorgés de toutes sortes de bonnes choses et que leurs « moitiés » étaient mendiants à leurs portes, décharnés par la faim et la pauvreté ; et ils trouvaient étrange que ces « moitiés »-ci, nécessiteuses, pussent supporter une telle injustice sans prendre les autres à la gorge ou mettre le feu à leur maison.

Les critiques ici adressées par les Amérindiens sont que :

 

  • l'individu ayant le pouvoir est censé être le plus fort, le plus intelligent capable de défendre sa tribu quoi qu’il en soit : et non que le pouvoir soit détenu par un enfant sous prétexte de son sang, alors qu’il n’a que 12 ans à ce moment-là (selon mes recherches). C’est ridicule selon eux !

 

  • Et également le fait que les gens pauvres, misérables subissent des mauvais traitements de la part des personnes plus riches, plus “importantes”, et qu’ils ne se révoltent pas de ces inégalités sociales, qu’ils ne se vengent pas et acceptent leur triste sort.  

 

Montaigne va renforcer cet impact de manière assez importante tout en restant discret et implicite.  

 

Premièrement, il va leur donner dans cet extrait le maximum de place que puissent avoir les Amérindiens afin que lors de la lecture on ait l’impression qu’il n’y ait eu qu’eux à s’être exprimés (12 lignes, ce qui important) leur donnant une supériorité rare, un pouvoir, celui de l’expression.  

 

 Ensuite Montaigne va prendre parti de manière intelligente, en faisant l’effort de lui-même de traduire les mots compliqués à comprendre à travers des parenthèses comme par exemple avec la périphrase “de grands hommes barbus, forts et armés... (ils parlaient sans doute de ses gardes suisses)” .

 

Tout est fait pour donner l’impact le plus important, on peut remarquer que les manières d’influencer vont être toutes les deux utilisées, il va convaincre et à la fois persuader :

 

  • Il convainc en développant ses arguments pour chaque idée, de manière logique, avec de la répartie.  M utilise une structure logique tout au long du développement sur l’opinion et les idées des Amérindiens, par exemple elle s’exprime par : “deuxièmement” (l. 507).

 

  • Pour persuader tout au long de son développement, il utilise plusieurs registres celui de la satire (un enfant qui dirige des soldats forts et armés), les registres pathétique et polémique (des misérables victimes d’injustices). Des figures de rhétorique se trouvent également dans l’extrait : tout d’abord à travers l’expression : “de grands hommes barbus, forts et armés” (l. 503-504), il y a une énumération dans le champ lexical de la force et en même temps une gradation dans un ordre ascendant.  Ensuite il y a une double hyperbole dans l’expression “obéir à un enfant” (l. 505) puisque tout d’abord, un jeune de 12 ans est-il encore un enfant ? Pour moi, ceci est exagéré, et ensuite ce n’est pas l’enfant seul qui décide, il est dirigé d’une certaine façon par la reine-mère. Également dans la double-utilisation de “étrange” qui qualifie le fait que les Amérindiens soient choqués par ces agissements, c'est un euphémisme et à la fois une litote selon moi. 

 

III- L’ÉCHANGE AVEC MONTAIGNE

 

Cliquez ci-dessous pour écouter une lecture

de la fin du texte :

Travail hybride d'un texte de Montaigne

Diaporama-support

de la mise en commun en classe

sur TBI :

Partage final des réalisations sur Pearltrees

Partage final des réalisations sur Pearltrees

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