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Publié par Anne-Gabrielle

 

Mme La comtesse au Marquis De Challev

 

Cher ami,


            J'ai été, mon tendre ami, plus affligée par cette nouvelle vous concernant que par le fait de ne point vous avoir vu cette semaine. Je vous l'annonce, cela m'a beaucoup de déplu d'apprendre que vous vous étiez fiancé à Mme De ****, en ajoutant que je ne l'ai point appris de vous ! Il m'est insupportable d'y penser, je deviens chagrine à chaque fois. Quelle place ai-je donc dans votre cœur pour que vous me fassiez subir cet affront ? Vos belles paroles n'étaient-elles que du vide ? Je ne puis croire que vos charmants regards et vos belles paroles ne signifiaient rien. Je vous ai ouvert mon cœur qui auparavant était insensible à l'amour, vous le trouverez toujours prêt à vous recevoir. Ce serait un faible soulagement à mes douleurs, mais au moins je ne serais plus seule.

             Mais que puis-je faire que vous admirer ? Malgré tout cela je vous aime toujours chaque jour un peu plus. Sachez que c'est en vous qu'est renfermé tout mon bonheur. Puis-je encore parler de bonheur ? Peut être est-il perdu pour moi, perdu pour jamais. Pourquoi m'avoir dit que vous seriez toujours là, que vous ne m'oublierez jamais ? M'avez vous donc entièrement oubliée ? Sans doute ne m'offrez vous que de l'amitié... Vous consentez donc à ce que nous devenions étrangers l'un et l'autre ! Que dis-je ? Vous le désirez, ou est-ce cette Mme De **** ? Vous voulez que mon cœur s'en contente, soit. Si il me faut renoncer à l'amour pour qui seul j'existe, renoncer à vos regards pour qui seuls me rendent belle, renoncer à vos paroles qui seules me rendent vivantes. Alors j'y consente, pour vous. Mais l'amitié tendre, l'ardent amour que je vous porte ne seront que plus vifs, sans toutefois que leurs voix ne soient entendues. Je vous prie, dites moi que vous ne voulez point cette situation, que c'est elle...

              En accordant ma demande, quels nouveaux droits n'acquerrez-vous pas sur mon cœur ? Il me venait à l'esprit que nous dansions. Et plongée dans votre regard je n'existais plus que pour vous plaire, toutes ces valses ne voulaient-elles rien dire ? Ces mélodies délicieuses que vous me jouiez au clavecin, n'était-ce que pour vous vanter de votre talent ? Et toutes ces fois, où chagrinée, vous m'avez mandé à votre château pour me consoler, n'était-ce que par amitié simple ? Mais je ne puis vous reprocher rien ; je sens trop par moi-même, ô combien il est difficile de résister à un sentiment impérieux. Vous êtes la cause du mien. Mais je vous prie, encore, de me dire que vous ne l'aimez pas vraiment, que ce sont vos chers parents qui sont la cause de ces fiançailles.

              Je ne me permets plus ces noms, ces mots, ces chants, si doux, si chers à mon cœur, et qui n'ont de cesse de me rappeler comme je vous aime. La lune est à demi cachée, mon cœur reste, le votre s'en ai déjà allé. Je vous laisse sur ces mots, vous avez mon entière dévotion. Je vous aime toujours, toujours je vous aimerais, malgré moi. Trouvez le bonheur, vous le méritez. Mes baisers les plus tendres. Adieu.

 

De Versailles ce jeudi 20 mars 17**

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Commenter cet article

Anne-Gabrielle 31/03/2013 15:48


Ahah, merci ! (:

Aude 31/03/2013 10:38


j'aime beaucoup !!!

Valentin 30/03/2013 19:04


Il m'arrive pas souvent de te dire bravo, mais là c'est l'occasion, franchement bravo, c'est très bien :)