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Publié par Margaux.S

       

 

 

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        Les chapitres III et IV de la deuxième partie de L’étranger m’ont particulièrement marquée. C’est le jugement de M. Meursault. Celui-ci se trouve dans le box des accusés et assiste au débat qui le laissera à la vie ou le condamnera à mort. Mais on peut très vite constater qu'il est jugé pour tout, sauf pour son meurtre. Il est tout d’abord montré du doigt car il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère. Parmi les témoins présents, le directeur de l’asile et le concierge affirment qu’il ignorait son âge et qu’il a fumé et bu un café lors de la veillée… De plus, on l'accuse d'être allé se baigner  le lendemain de l’enterrement, (jour ou Marie Cardona est devenue sa maîtresse) et de s'être rendu au cinéma regarder un film de Fernandel. Ceci faisant de lui un criminel d’après le procureur et l’avocat général. Pour finir, il est accusé d’avoir prémédité le meurtre étant donné que c’est lui qui a écrit la lettre pour Raymond dans le but d' attirer la femme infidèle et qu’il a servi de témoin au commissariat… Le meurtre n’est jamais mentionné au cours de cette audience mais ces arguments infondés ont suffi pour que l’on décide que M. Meursault aura la tête tranchée au nom du peuple français.

           

            L’intérêt de cette scène est de dénoncer une terrible injustice. Démontrer à quel point le monde peut être cruel à travers un jugement invraisemblable, résumant bien la réalité de la vie quotidienne.

            Tout d’abord, c’est un jugement bâclé.  L’avocat de Mr Meursault lui affirme que « la cour sera pressée parce que [son] affaire n’est pas la plus importante de la session » p125. De plus, au commencement du débat, le président juge « inutile de recommander au public d’être calme » p131. On constate déjà que le procès débute dans des conditions inadmissibles et que les membres du jury vont faire preuve d'un net manque de sérieux.

            Ensuite, le procureur, l’avocat général et le président sont incohérents dans leurs propos. Leurs paroles sont tellement exagérées qu'elles en deviennent ridicules. Par exemple, l’avocat général juge l’insensibilité de Meursault aussi abominable qu’un parricide et ajoute qu’ « un homme qui tuait moralement sa mère se retranchait de la société des hommes au même titre que celui qui portait un main meurtrière sur l’auteur de ses jours » p154 . Cette comparaison est absolument absurde et insensée ! Ne pas verser de larmes fait-il d’un homme un honteux meurtrier ?  De plus, le procureur exige la tête de cet homme et affirme que c’est "avec le cœur léger" qu’il la demande. Pendant que l’accusé est jugé coupable d’un meurtre pour ne pas avoir pleuré ou pour être allé au cinéma, le procureur déclare qu’il peut voler une vie sans aucun scrupule… Tout cela porte à confusion, on en arrive à penser que c'est le juge qui mériterait la place des accusés. Enfin, le délire se poursuit et prend des proportions qui sortent du réel. Le procureur se met à parler de son âme et annonce qu’il n’y a rien trouvé !  les auteurs de ce jugement rendent la scène comique à cause de ce décalage net avec le réel et de la ridicule incohérence de leurs propos. On a l’impression d’assister à un spectacle, les membres du jury jouent les comédiens et le public rit : "le public a ri" p138 , « Il y a eu des rires dans la salle »p156.

            Pour finir, ce jugement ne se fait pas dans les règles. Le but est principalement de recueillir les propos des témoins, de l’accusé et de son avocat  afin de comprendre les faits et de mener un jugement honnête et recherché. Ici, les témoins sont à peine écoutés : "Il allait continuer, mais le président lui a dit que c'était bien et qu'on le remercierai. Alors Céleste est resté un peu interdit. Mais il a déclaré qu'il voulait encore parler, on lui a demandé d'être bref." p140 , "le président a demandé à l'avocat général s'il n'avait pas de questions à poser au témoin et le procureur s'est écrié : "oh! non, cela suffit" ". M. Meursault est en trop, on débat sur lui sans essayer de le comprendre et la parole n’est donnée à son avocat qu’une seule fois. On assiste juste à une mise en scène entre le procureur, le président et l’avocat général.

 

 Ici, Meursault n’est pas condamné pour le meurtre mais parce qu'il est un étranger, parce qu'il est différent… Condamné parce qu'il voit la vie comme nous devrions tous la voir, cette indifférence fait de lui un homme courageux, le fait avancer en s'épargnant bien des larmes. On l'accuse également pour son honnêteté, s’il avait menti au sujet de sa mère on lui aurait peut-être laissé la vie mais sa franchise lui a fait défaut. Il est également condamné pour sa gentillesse, il a seulement écrit la lettre pour Raymond et témoigné pour lui afin de lui rendre service. Enfin, il est condamné pour avoir été trop silencieux, lui qui n'aimait tout simplement pas parler pour ne rien dire, cela a fait de lui, aux yeux des gens, quelqu'un d'horrible. 

 

Ces chapitres sont terrifiants car ils montrent que pour être accepté dans une société il faut être malhonnête, il faut s’arrêter, buter devant chaque épreuve de la vie afin de ressentir la tristesse et la douleur comme tout le monde, il faut également être égoïste, se faire remarquer, et parler pour ne rien dire comme l’ont fait les membres du jury.

Enfin, ces scènes sont particulièrement émouvantes car pour la première fois, "l’étranger" ressent l’envie de pleurer lorsqu’il se rend compte qu’il est haï dans cette salle et l’envie d’embrasser un homme lorsque Céleste tente de faire quelque chose pour lui… Ces sensations bloquées en lui se multiplient par dix chez le lecteur.

 

C’est la cruelle insensibilité d’un monde contre la naïve insensibilité d’un homme.

 

 

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