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Publié par Jeanne

 

Scoop !

 

http://l-userpic.livejournal.com/49895115/10191521

Cécile Volanges

 

Une lettre écrite de la main de Cécile Volanges à son amie Sophie Carnay, a été retrouvée ! Ce fragment perdu depuis des années, que dis-je, des siècles, a été découvert dans un carnet de cuir reposant au fond d'une malle, le tout entreposé dans la maison d'une vieille dame décédée il y a peu. Quelle ne fut pas la surprise de sa famille lorsque, vidant la maison où elle habitait depuis toujours, ils découvrirent cette lettre, parfaitement conservée et d'une blancheur que le temps même n'avait pas jauni ! Cette lettre nous dévoile les événements de la soirée du 14 août 17** et ce qui se passa réellement entre Cécile Volanges et le Chevalier Danceny ce soir là. Il convient de rappeler que cet épisode manquant dans ces échanges épistolaires fut de nombreuses fois imaginé, laissant place à des scénarios des plus invraisemblables. La lettre ci-dessous est pour la première fois divulguée en public depuis que la famille de Mme.*** l'a découverte. C'est donc en tant que privilégié que vous découvrez les confidences émouvantes de cette jeune fille en fleur sur ses premiers émois. Amour, quand tu nous tiens !

 

 

LETTRE ***

CÉCILE VOLANGES À SOPHIE CARNAY

 

   Ah ! Ma chère Sophie, ma tendre amie ! À l'heure où je t'écris ces mots, les murs sont silencieux et la bougie peine à m'éclairer. Plains ta pauvre Cécile ! Voici quelques heures que la nuit est avancée et mon cœur, autant que mon être, peine à trouver du repos.

    Tu te souviens certainement de la soirée dont je t'avais parlée dans ma précédente lettre, et pour laquelle je me préparais depuis des heures. Oh, mon Dieu ! Si tu pouvais voir mes traits ! Ma plume tremble, autant que mon corps et tu le remarques assurément en lisant ces mots.

   Comme tu le sais, Maman va bien mieux depuis quelques temps. Cela étant, la jolie soirée prévue en compagnie de Mme de Merteuil, du Chevalier Danceny et du Chevalier de Belleroche s'est tenue. Quand, après m'être joliment apprêtée une grande partie de la journée, l'heure tant attendue est arrivée, mon cœur plein de douceur s'est mit à battre malgré moi. Lorsque je descendis au petit salon, les invités étaient déjà installés autour de la table de jeux , et Maman s'apprêtait à distribuer les cartes du piquet. Je m'assis aux côtés de Mme de Merteuil qui me gratifia d'un regard bienveillant et amical. Le Chevalier Danceny, que ces jeux n'amusent guère, n'était pas de la partie et m'avait salué avec bien du respect. Le jeu venait à peine de commencer que ses regards croisèrent les miens. Il les baissa bien vite, car c'est bien mal d'oser faire cela en public. Mme de Merteuil, qui je crois bien avait remarqué les regards du Chevalier Danceny, proposa que l'on chante tous deux. Nous acceptâmes, mais le Chevalier Danceny objecta qu'une harpe serait la bienvenue pour accompagner l'union de nos voix, et il me proposa de l'accompagner pour aller chercher l'instrument. Je regardais Maman qui me fit signe d'accepter. Je le suivis jusqu'à l'armoire de noyer, dans laquelle la harpe délicate se trouvait. Il me manda la clé de l'armoire que j'avais bien pris soin de garder au creux de ma main. Je la lui tendis et lorsqu'il la saisit, mes doigts fébriles frôlèrent les siens. Bien troublée, je sentais le rouge me monter aux joues et je ne savais si je devais relever mon visage ou bien garder mes regards à terre. Oh, ma Sophie, quels sentiments bien contraires ne passèrent pas en moi ! Quelle confusion, dans mes pensées, d'ordinaire si claires ! Bien avant que je ne me décide sur la conduite à adopter, le Chevalier Danceny saisit mes deux poignets et me dit : « Mademoiselle Volanges, pourrions nous trouver un moment pour nous voir, rien que vous et moi ? Mon cœur a besoin que le vôtre l'entende. Il se doit de se livrer, car la digue retenant le flots de ses sentiments bienveillants à votre égard cède peu à peu. Oh, Cécile ! Acceptez, je vous prie, de soulager mes peines et mes tourments les plus ardents. » Ma Sophie ! Cela est bien mal, n'est-ce pas ? Mais j'ai bien pris soin de ne pas en répondre, je peux bien te l'assurer. Maman me sauva de cette importunée et délicate situation en nous demandant de revenir parmi eux ; elle s'impatientait et trouvait que le Chevalier Danceny et moi mettions bien du temps pour chercher cette harpe.

   Le reste de la soirée se déroula sans nouvel incident, mais je sentais bien de la tristesse et de la peine dans la voix de Danceny. Je ne veux pas lui causer du chagrin mais il ne serait pas sage et raisonnable de répondre à sa belle demande quand mon mariage avec le Comte de Gercourt est prévu dans peu de temps. Je me répète bien cela et songe que j'agis là de la meilleure des façons. Maman serait sûrement de mon avis et tu dois l'être aussi, n'est-ce pas ?

  Mais vois-tu, les douces paroles et la délicieuse demande de Danceny me causent bien du soucis. Je suis toute chagrine à l'idée de ne pas le soulager des peines qui l'étreignent. Me voilà bien affligée et tourmentée ma Sophie. Le Chevalier est si bon avec moi ! Ah ! Voilà que, malgré moi, je sanglote. Peut-être que la nuit, ou les quelques heures qu'il en reste, me portera-t-elle conseil ?

   Adieu ma chère Sophie, prie pour que mon âme tourmentée ne le soit plus ; aime toujours bien ta Cécile.

 

 

Paris, tard dans la nuit, ce 15 août 17**.

 

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Megan 25/04/2013 21:43


Excellent !