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Publié par Mathis

Informer :

Amorino dormiente est un tableau peint par Caravage en 1608. Cette huile sur toile, mesurant 105 centimètres sur 71, est de genre mythologique, puisque le dieu Eros, plus couramment nommé Cupidon, y est représenté, dormant ou mourant.

Le Caravage, Michelangelo Merisi da Caravaggio de son vrai nom, est un peintre né à Milan le 29 Septembre 1571 et mort à Porto Ercole le 18 Juillet 1610. Célèbre déjà de son vivant, il révolutionne la peinture du XVIIème siècle par son caractère naturaliste, son réalisme parfois brutal et l'emploi appuyé de la technique du clair-obscur allant jusqu'au ténébrisme, que l'on peut par ailleurs particulièrement remarquer dans cette oeuvre. Son oeuvre influencera d'ailleurs de grands peintres après lui, comme en témoigne l'apparition du caravagisme.

Analyser :

Ce tableau représente, comme dit précédemment, le dieu Eros, sous une forme infantile, qui semble dormir au premier plan. Il est nu, son visage est paisible, l'une de ses ailes est couchée et l'autre est en l'air, au second plan. Il tient dans sa main gauche un arc et une flèche, et a un carquois bandé dans le dos. Pourtant, sa position est étonnante, car si son buste est parallèle au sol, ses hanches y sont perpendiculaires, rappelant la manière de manger des romains. La lumière, vive, semble venir de la gauche du peintre, et n'éclairer que l'enfant, celui-ci étant entouré de ténèbres, conformément au style de Caravage. Les lignes sont toutes très courbées, servant l'impression de rondeur que l'on prête habituellement à un enfant.

Ce tableau laisse une impression très contrastée, entre le visage paisible et calme de Cupidon, rassurant, et la pénombre parfaite qui l'entoure et qui offre, elle, une forte impression d'angoisse. Cette dernière pourrait également laisser à penser que le petit garçon, et par conséquent l'amour qu'il incarne, est mort ou inexistant. Le tableau a été, dans cette optique, récemment exposé à Lampedusa dans le cadre d'une exposition sur l'immigration, en raison de sa ressemblance avec les photos d'enfants immigrés échoués sur les plages qui paraissent régulièrement. L'accent mis sur le "petit garçon" revient également avec le fait que la lumière ne vienne que sur lui, et laisse ses ailes, son arc, ses flèches et son carquois dans l'ombre. Ainsi, le peintre a peut-être voulu insister sur l'innocence de l'amour naissant, transformé en joie et en puissance dans son tableau L'amour victorieux, paru quelques années auparavant, et qui nous présente lui un même Cupidon mais plus âgé, avec des formes moins rondes et plus musclées, des cheveux plus longs et une allure plus assurée. L'orientation de la lumière enfin, qui vient de la gauche en un simple rai, peut laisser imaginer une porte entrouverte.

Enfin, la Renaissance correspondant à une redécouverte de l'art antique, ce tableau lui appartient entièrement de par sa forme et la représentation réaliste d'un jeune enfant, accouplée avec des jeux de lumière et de perspective, mais aussi de par son fond puisque Héros est une divinité antique, représentée ici dans une position typiquement romaine. De plus, la peinture de la Renaissance s'est caractérisée par un intérêt marqué pour l'Homme, qui est ici le sujet central sous la forme d'un jeune enfant, de surcroît nu, représentation particulièrement utilisée également. La technique utilisée, enfin, est également typique de la Renaissance, l'huile sur toile s'étant affirmée comme modèle de référence à cette époque.

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Dialogue - Lorenzo et Caravage

DIALOGUE ENTRE LORENZO ET CARAVAGE

 

En voyage à Malte avec son cousin Alexandre, qu'il vient de rencontrer, son frère Alexandre et Cosme de Médicis, avec qui il a grandi, le pape Clément VII, l'empereur Charles Quint et plusieurs membres éminents de l'époque afin de confier à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, parfois nommé ordre des Hospitaliers, l'archipel maltais, Lorenzo décide d'aller, un soir, en compagnie du jeune Cosme, visiter les chevaliers de l'ordre, parmi lesquels se trouve Michelangelo Merisi da Caravaggio, membre récent qui venait de fuir Rome après avoir été condamné à mort pour avoir lui-même tué Ranuccio Tomassoni au cours d'une bagarre.

Lorenzo entre dans le dortoir, suivi de Côme

LORENZO - Mes amis ! Quel bruit vous faites à une heure si tardive ! Le sommeil vous déplaît-il à ce point ?

UN CHEVALIER - Nous lui préférons, il est vrai, le bon vin et les femmes. Mais qui êtes-vous donc ?

LORENZO - Il y a là-bas Cosme, qui discute avec votre ami, et je suis Lorenzino de Médicis. Mais n'interrompez pas de si plaisantes fêtes pour nous autres, nous n'aimerions que nous y joindre, car les cérémonies et autres marches solennelles ont fatigué ma cervelle, et ...

COSME - Viens-donc, Lorenzo, voir l'étrange chevalier que voilà, et qui peint de si belles choses !

Caravage se tourne, étonné.

CARAVAGE - Mon nom est Caravage, mon petit. Ma renommée n'aurait donc pas atteint la Toscane, pour que de jeunes nobles s'interrogent ainsi sur ma personne ? J'ai pourtant peint tant et tant pour sa majesté le pape, qui m'a remercié de mes travaux par la mort ou l'exil, et dont la cruauté me force à me cacher de lui même alors qu'il vient dans ma propre maison ! Croyez-le, j'aurais voulu que vous ne veniez pas, mais à présent que vous êtes ici, je ne me vois d'autre obligation que de vous menacer sous peine que vous révéliez ma présence.

LORENZO - Vous ne m'inquiétez que fort peu mon ami, sachez cela. Mais jamais un mouton n'a bêlé pour un autre, et je ne porte pas plus d'affection à Jules que vous. Votre tableau, en revanche, m'intrigue un peu. Cette noirceur, toutes ces ténèbres autour du garçon ! Je le crois mort, et heureux pourtant. Ou dort-il ? Peut-être ... Non, je ne le crois pas. Et ces flèches, et cet arc tout près de lui,  c'est un guerrier ! Mais si jeune ... regarde, Cosme, il doit avoir ton âge. Un enfant qui se bat, ce serait absurde ... Oh ! Mais que voilà de belles ailes bien blanches, bien grandes. C'est un ange alors, muni d'un arc, tel Héros  Il se tourne vers un chevalier  Eros est un beau jeune homme, non ? Que fait-il ainsi, tout petit, tout frêle, tout mort ? Dites le moi, vous !

UN CHEVALIER - Ma foi, il pourrait être mort.

LORENZO - Oui, c'est cela, il doit être mort. L'amour est mort. C'est frappant, mon ami, vraiment frappant. Combien m'en donnez-vous ?

CARAVAGE - C'est-à-dire qu'il est déjà vendu, un certain Alexandre me l'a acheté ce midi, et compte l'emmener à Florence. Vous m'en voyez navré, sire, il vous faudra marchander avec lui.

LORENZO - Alexandre, mon cousin ? Quelle folie l'a pris ? Lui qui ne comprend que les arts gras et les vers pesants aurait pris goût aux maîtrises ? Et qu'irait-il faire à Florence ? Trouverait-il quelque déplaisir à notre présence, mon cher Cosme ? Cela m'étonne. Petit, il avait, il est vrai, aimé les belles lettres. Il était doué aussi, pour l'écriture et le chant. Quand je rêvassais, lui étudiait, quand je faisais l'idéologue lui me tenait une réplique de philosophe, ou priait et m'ignorait. Mais tout de même, il y a longtemps que ce goût lui est passé. Combien l'a-t-il acheté ?

CARAVAGE - Il m'en a donné mille florins.

COSME, s'étranglant - Mille florins d'or ?

LORENZO, à part - Doux Jésus, mon cousin est un fou ! - Donnez-le moi, et je négocierai votre grâce auprès du pape.

CARAVAGE - C'est impossible. Je mourrai que vous n'en aurez tiré aucun accord.

LORENZO - Il vous prendra dans son lit si vous lui marchandez ce tableau. En plus de votre rédemption évidemment.

CARAVAGE - Ma rédemption n'y changerait rien, Clément est trop têtu. Rome me manque. J'y ai mes quartiers, et je me souviens de tous ses recoins, de son parfum, de sa peau si rugueuse, de ses manières si délicates. Un jour que je me promenais, un matelot, revenant après deux ans de voyage, me dit qu'il s'y sentait plus libre qu'en mer. Il a raison, je crois, car me voici prisonnier de cette île qui m'a accueilli. Je tuerais père et mère pour retourner là-bas, pour me promener à nouveau sur le mont palatin, et ne plus subir les regards méprisants que ma fuite a causés. Mais le passé est un conte, une aube que seul un idiot ou un ahuri poursuivrai. Malte est mon crépuscule, mon amour pour la ville éternelle s'est endormi, et je sombrerai moi-même bientôt, aux côtés de mon Cupidon.

LORENZO - C'est vous qui êtes idiot, l'ami. Il faut toujours quérir son bonheur, quel qu'en soit le prix.

CARAVAGE - Mon bonheur ? Mon bonheur ... mon bonheur ! Je lui ai déjà tant donné à cet idiot, qu'il ne lui manque plus guère de moi que quelque honneur ou une certaine dignité. Je n'irai point, et si Rome ose se présenter à moi, je mourrai en l'embrassant.

LORENZO - Je pourrais pourtant ... je tuerais votre immondice d'un coup de dague. Mais tant pis, je parlerai moi-même à Alexandre. Allons, Cosme, partons, le réveil est proche.

COSME - Adieu, Caravage, je m'assurerai de ne point vous oublier.

Lorenzo et Cosme sortent.

 

Dialogue - Lorenzo et Caravage

Lorenzo : Gwendan - Caravage : Mathis - Cosme : Jade - Le chevalier : Jade

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