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Publié par Mathis

Les Russes ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Alep, ville des farces, n'est plus qu'un sombre écueil,
Alep, qu'ombrageaient les bâtisses,
Alep, qui dans le ciel imageait ses parterres,
Ses coteaux, ses palais, et tard flottait dans l'air
Un choeur dansant de jeunes fils

Tout est néant. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bruns, un enfant libre, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! Pauvre enfant, pieds nus sur les rocs ivoirins !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bruns
Comme la terre et comme l'ombre
Pour que dans leur doré, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête sombre,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner 
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta pâle épaule
Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront,
Et qui pleurent éparses autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur la saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir l'iris, brun comme tes yeux bruns,
Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu pour me sourire, un bel oiseau des bois, 
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? Fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
  - Ami, dit le syrien, dit l'enfant aux yeux bruns,
Je veux de la poudre et des balles.

 

 

Imitation - L'enfant (Victor Hugo)

Bonjour, j'ai ici décidé d'imiter au plus possible l'un de mes poèmes favoris : "L'enfant" de Victor Hugo. Je dis au plus possible car, sans en altérer les formes et pour ne point lui enlever sa magnificence originelle, j'en ai transformé l'époque. Ainsi, au gré des imitations, ce texte pourrait devenir intemporel. Je ne l'espère pourtant pas, car plus que des modes dont un mois plus tard beaucoup se sont lassés, le massacre d'Alep et avant celui de Chio bouleversent, brisent, éteignent et ne rallument pas. Si donc par un miracle de conscience, "l'Enfant" cesse un jour d'être une réécriture pour se figer en une commémoration de la bêtise humaine, si un jour la vie peut nous y faire déceler de la comédie, alors le Beau sera beau.

 

Dessin de Victor Hugo

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