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Publié par Mathis

Création - N'oubliez jamais

N'oubliez jamais que vous n'êtes pour la mémoire qu'une page se voulant vérité émergée mais qui, par un violent ressac, sera bientôt engloutie. Si vous voyez le vide, n'oubliez jamais que vous lui appartenez, qu'il vous a fait comme un objet obsolète et qu'inutiles vous mourrez. Si vous humez la mort, profitez-en, car bientôt vous en aurez l'odeur ; ou alors vous ne sentirez rien et votre banal nom ne sera éternel que par la roche d'une tombe et les quotidiennes fleurs qui s'effriteront au fur et à mesure que broyés seront vos os. Le soleil qui a éclairé votre vie ne sera plus que le futile dessin qu'un enfant maladroit, inconscient que jamais vous ne le verrez, aura déposé dans vos bras. Lui-même est d'ailleurs un futur cadavre, dont dans mille ans on moquera les coutumes, les moeurs et les rêves. Vous êtes condamnés à n'être que des exemples, l'idée d'un groupe, d'une société, d'une époque, d'un temps puis d'une espèce. L'éternel accueillera vos cendres et les brûlera, entouré de ceux en qui, ce en quoi vous avez cru. La douce partition de justice que vous ont joué les sages ne sera point une désillusion, puisque votre dernier espoir sera d'y courir et de vous baigner dans ce mirage qu'est le temps. Le long de ce couloir où vous détalerez, où la vie détalera, effrayée par les ombres qui la poursuivent, vous verrez soudain une vague immense sortie de la lumière et cause d'un brusque apaisement, vite brisé par trop de couleurs, d'images, de sons qui s'empareront du pantin qui vous aura servi de corps en enfer. Le rouge deviendra noir, et vous réaliserez enfin que ce que vous appeliez étape est unique et n'a pour terme que l'oubli de votre nom, qui sera grand s'il survit plus d'un siècle mais ne vaudra au final pas plus qu'un autre ; que ces personnes, qu'importe leur nombre, qui vous tiennent aujourd'hui la main ne vous réservent qu'une infime place dans leur mémoire, qui elle-même sera l'infime part d'une autre. Avez-vous vous-même songé, ne serait-ce qu'un instant, à ce petit bout d'âme, seul héritage d'ancêtres aujourd'hui moins importants qu'une feuille, mais qui se rêvaient égaux à Dieu dans votre esprit ? S'en inquiètent-ils seulement ? Vous en inquiéterez-vous ? La vie des Hommes est guidée par le besoin d'exister, d'exister toujours, d'exister même bien après que chaque cendre de l'humanité calcinée se soit envolée ; ils ne vivront jamais leurs rêves les plus fous puisque le plaisir de l'originalité se confronte au mépris venu des autres mais surtout de soi-même et qu'ils se défendent de sortir de la norme non pas par peur du ridicule mais d'une solitude qui réduirait à néant l'empreinte qu'ils laisseraient sur ce mémorial qu'est la Terre. Ça y est, je la vois dans vos yeux, la peur, le discret mais terrible tremblement de vos lèvres et de votre peau névrosée par des rides qui démangent bien avant d'apparaître. Pourquoi cet effroi ? Votre inconscient se joue de vous, conceptualisant des faits que vous n'oseriez même pas envisager ; vous n'avez pas peur de la mort, personne au monde n'a peur de la mort mais de la vie, de ce qu'il est incapable d'accomplir, enviant même les tyrans et autres fous qui laisseront dans le grand livre une trace que secrètement vous jalousez. Si la vie d'un homme se juge aux lignes qu'il écrira dans cet ouvrage, alors la distinction entre bien et mal est inversée, envoutée, pâle rideau qu'on peut traverser à sa guise selon ses envies, et l'empathie un idéal dont on rêve publiquement mais qu'au fond on dédaigne. Quel mal à faire le mal si celui-ci vous garantit une place dans l'histoire ? Chacun rêve de ce choix sans même se rendre compte qu'il l'a déjà fait : ne continuer d'exister que par ses proches et s'effacer bien vite ou être connu de tous et pour longtemps, quelle que soit la manière. Vit-on pour sa vie ou pour sa mort ? Le souvenir d'un Homme est fait d'écrits, qu'il a fait lui-même ou qu'on a fait de lui ; mais quand l'encre sera effacée, que restera-t-il ? Rien. Vous vous envolerez des mémoires tel un épervier quittant son nid pour aller mourir seul.

 

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