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Publié par Matteo C.

La bataille de Roncesvaux

Présentation de la bataille de Roncesvaux

par Matteo C. de la classe terza B Esabac.

Co sent Rollant que la mort li est pres:
Par les oreilles fors s’e ist li cervel.
De ses pers priet Deu ques apelt,
E pois de lui a l’angle Gabriel.
Prist l’olifan, que reproce n’en ait,
E Durendal, s’espee, en l’altre main.
Plus qu’arcbaleste ne poet traire un quarrel,
Devers Espaigne en vait en un guaret;
Muntet sur un tertre; desuz dous arbres bels
Quatre perruns i ad, de marbre faiz;
Sur l’erbe verte si est caeit envers:
La s’est pasmet, kar la mort li est pres.

Roland sent que la mort est proche pour lui: par les oreilles sort la cervelle. Pour ses pairs, il prie Dieu, il le prie de les appeler; pour lui-même, il prie l‘ange Gabriel. Il prend l’olifant, pour être sans reproche, et Durendal, son épée, dans l’autre main. Plus loin qu’un arbalète ne peut tirer un carreau, sur la terre d’Espagne, il va en un guéret; il monte sur un tertre; là, sous deux beaux arbres, il y a quatre perrons, faits de marbre; sur l’herbe verte il est tombé à la renverse: là il s’est évanoui, car la mort lui est proche.

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Hauts sont les monts et très hauts les arbres. Il y a là quatre perrons de marbre, luisants. Sur l’herbe verte, le comte Roland se pâme. Or un Sarrasin le guette: il a contrefait le mort et gît parmi les autres. De sang il a souillé son corps et son visage. Il se dresse et accourt. Il était beau, vaillant et de grand courage; son orgueil le pousse à entreprendre ce qui sera sa mort; il saisit Roland, sa personne et ses armes et s’exclame: « Il est vaincu le neveu de Charles! Épée que voici, je vais l’emporter en Arabie! » Comme il le tirait, le comte reprit quelque peu ses sens.

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Roland sent qu’on lui prend son épée. Il ouvre les yeux et lui dit un mot: « Tu n’es pas des nôtres, que je sache! » Il tient l’olifant, que jamais il ne voulut abandonner, et frappe sur le heaume gemmé d’or: il brise l’acier, la tête et les os. Les deux yeux il les lui a fait jaillir de la tête. Devant ses pieds il l’a abattu, mort. Ensuite, il lui dit: « Culvert de païen, comment as-tu ose porter sur moi la main, soit à droit, soit à tort? On ne l’entendra pas dire sans te tenir pour fou. Mon olifant en est fendu au pavillon! Le cristal et l’or en sont tombés! »

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Roland sent qu’il a perdu la vue, et, sur ses pieds, tant qu’il peut, il s’évertue; sur son visage, la couleur a disparu. Devant lui est une pierre bise; dix coups il lui porte avec désespoir et rage. L’acier grince, il ne se brise ni s’ébrèche. « Eh! dit le comte, sainte Marie, à l’aide! Eh! Durendal, ma bonne épée, en quel malheur êtes-vous? Puisque je meurs, de vous je n’ai plus charge. Tant de batailles grâce à vous j’ai gagnées en rase campagne et conquis de si vastes terres que gouverne Charles à la barbe chenue! Que personne ne vous possède qui soit capable de fuir devant un autre! Un bon vassal vous a longtemps tenue. Jamais la sainte France n’en aura de tel! »

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Roland frappe au perron de sardoine, l’acier grince, il ne se brise ni ne s’ébrèche. Quand il vit qu’il ne pouvait la briser, il se mit à la plaindre en lui-même: « Eh! Durendal, comme tu es belle! et claire! et blanche! Au soleil comme tu luis et brilles! Charles était aux vaux de Maurienne, quand du ciel Dieu lui manda par son ange de te donner à un comte capitaine: alors il m’en ceignit, le noble, le grand roi! Par elle je lui conquis l’Anjou, la Bretagne; par elle je lui conquis le Poitou et le Maine; par elle je lui conquis la franche Normandie; par elle je lui conquis la Provence et l’Aquitaine, et la Lombardie et toute la Romagne. Par elle je lui conquis la Bavière et toute la Flandre et la Bourgogne et toute la Pologne, et Constantinople, dont il reçut l’hommage, et la Saxe où il fait ce qu’il veut; par elle je lui conquis l’Ecosse, l’Islande, l’Angleterre, qu’il tenait pour sa chambre; par elle je lui conquis tant et tant de pays que tient Charles à la barbe blanche. Pour cette épée j’ai douleur et souci: mieux vaut la mort que la voir rester aux païens! Dieu, notre Père, ne laissez pas la France subir cette honte! »

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Roland frappa contre une pierre bise. Il en abat plus que je ne sais vous dire. L’épée grince mais ne s’ébrèche ni ne se brise. Vers le ciel elle a rebondi. Quand le comte voit qu’il ne la brisera pas, tout doucement il la plaignit en lui-même: « Eh! Durendal, comme tu est belle et sainte. En ton pommeau d’or il y a quantité de reliques, une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile, des cheveux de monseigneur saint Denis, du vêtement de sainte Marie: il n’est pas juste que des païens te possèdent; des chrétiens doivent assurer votre garde. Ne tombez entre les mains d’un couard! Par vous j’aurai conquis de fort vastes domaines que détient Charles à la barbe fleurie. L’empereur en est puissant et riche. »

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Roland sent que la mort l’envahit, que de sa tête elle lui descend sur le cœur. Jusque sous un pin il est allé courant, et il s’est couché sur l’herbe verte, face contre terre. Sous lui, il met épée et l’olifant. Il a tourné sa tête du côté de la race païenne: il a fait cela parce qu’il veut vraiment que Charles dise, et aussi tous les siens, que, le gentil comte, il est mort en conquérant. Il bat sa coulpe à faibles coups et souvent. Pour ses péchés, il tend vers Dieu son gant.

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Roland sent que son temps est fini; face à l’Espagne, il est sur un tertre escarpé. D’une de ses mains il s’est mis à frapper la poitrine: « Dieu, par ta grâce, mea culpa pour mes péchés, les grands et les petits, que j’ai faits depuis l’heure où je naquis jusqu’à ce jour, où me voici abattu. » Il a tendu vers Dieu son gant droit. Les anges du ciel descendent vers lui.

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Le comte Roland est étendu sous un pin; puis il a tourné son visage vers l’Espagne. Il se prit à se souvenir de maintes choses, de tant de terres qu’il a conquises, le vaillant, de douce France, des hommes de son lignage, de Charlemagne, son seigneur, qui l’a nourri. Il ne peut s’empêcher d’en pleurer et d’en soupirer. Mais il ne veut pas se mettre lui-même en oubli, il bat sa coulpe et demande à Dieu pardon: « Vrai père, qui jamais ne mentis, qui ressuscita saint Lazare d’entre les morts, préserva Daniel des lions, préserve mon âme de tous périls, pour les péchés que j’ai faits dans ma vie! » Son gant droit il l’a offert à Dieu; saint Gabriel l’a pris de sa main. Sur son bras il tenait sa tête inclines; les mains jointes, il est allé à sa fin. Dieu lui a envoyé son ange Chérubin et saint Michel du Péril; en même temps qu’eux arriva saint Gabriel; ils portent âme du comte en paradis.

La chanson de Roland / texte critique, accompagné d’une traduction nouvelle (traduction de Léon Gautier, 1872

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