Lettres persanes 2017 - Identité perdue
(...)
J’ai encore mes habits de Serbie, je ne les quitte pas ! Ils me font penser à vous. Souvent quand je marche avec dans la rue, on me dévisage du regard, j’aime bien, je me sens admiré comme la Joconde ! J’entends des remarques du genre "maman, maman, regarde le monsieur, il est bizarre !" avec le doigt pointé sur moi qui me met mal à l'aise et me montre de plus en plus que je suis différent.
(...)
Une ville aussi magnifique, belle, charmante, habitée par des personnes aussi stupides, irrespectueuses, existe bien, et c’est Paris.
(...)
En attendant, en ce mois d’hiver, j’ai froid, j’ai l’impression que je vais mourir de froid, mes lèvres sont bleues et je ne peux plus bouger mes doigts tellement ils sont frigorifiés. Je sais que je ne vais pas pouvoir rester dans cette situation, mais même avec mes diplômes de Serbie, personne ne veut m’engager pour travailler. Souvent quand je rentre dans un magasin, on m’observe pour voir si je ne vole rien et, dans ce magasin, souvent je suis le seul étranger. Je ne comprends pas comment en 2017 une société continue d’évoluer ainsi.
(...)
(...)
J’aimerais que vous veniez me rendre visite dans quelques mois pour que vous vous rendiez compte vous-même de l’étrangeté de la ville. J’appelle Paris la ville bipolaire, du fait que d’un jour à l’autre humeur, la gentillesse des gens et le temps changent à une vitesse remarquable
(...)
A Paris, j’ai l’impression d’avoir perdu mon identité, je ne suis plus le même, je commence à ne plus m’aimer. Maintenant que j’ai mon salaire, lorsque des mendiants me demandent un sou en me tendant la main, je ne regarde même pas, je continue ma route sans même penser qu’il y a quelques mois j’étais à leur place. Je ne peux même pas les aider : comment expliquer à tous ces étrangers que s’il veulent réussir ils doivent être français et non étrangers ? Alors je préfère continuer mon chemin.
(...)
