Lectures personnelles - Rimbaud
R I M B A U D ; Les premiers textes : l'année 1870
Ophélie
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
— On entend dans les bois de lointains hallalis...
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc sur le long fleuve noir :
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir...
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses longs voiles bercés mollement par les eaux :
Les saules frissonants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux (.)
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle :
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid d'où s'échappe un léger frisson d'aile
— Un chant mystérieux tombe des astres d'or...