Lecture personnelle - Le joueur d'échecs
Le joueur d'échecs
Stefan Zweig
Aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler d'un passage de la nouvelle Le joueur d'échecs, de Stefan Zweig,
nouvelle que je viens de terminer et qui m'a bouleversé. Celle-ci fût la dernière écrite par l'auteur, durant les derniers mois de sa vie ( de septembre 1941 à son suicide en
février 1942 ), dans sa retraite de Pétroplis, au Brésil. <-- Stefan
Zweig
Les thèmes traités tout au long de l'histoire sont nombreux : Les psychologies exceptionnelles ( et en particulier la monomanie, ce trouble mental qui fascinait Zweig ), la vertue du savoir, de l'intelligence, ( du livre ! ) mais aussi, et surtout, l'isolement qui provoque la folie. C'est le développement de ce dernier point qui m'a particulièrement intéressé et le fait qu'il pose une interrogation sur la capacité de l'homme à faire face au néant.
Voici le passage qui l'illustre parfaitement et qui m'a happé dans ce tourbillon du vide :
" Autour de moi, jamais rien d'autre que la table, l'armoire, le lit, le papier peint, la fenêtre. Aucune distraction, pas de livre, pas de journal, pas d'autre visage que le mien, pas de crayon qui m'eût permis de prendre des notes, pas une allumette pour jouer, rien, rien, rien. Oui, il fallait un génie diabolique, un tueur d'âme, pour inventer ce système de la chambre d'hôtel. "
Quand tant
d'autre furent conduits et exterminés dans des camps de concentration, cet avocat Viennois dont on voulait tirer des renseignements a eu droit à un sort très spécial de la
part de la Gestapo. En effet, logé dans une chambre d'hôtel confortablement chauffée, sommairement meublée, nous sommes bien loin des coups de bâtons et des tourtures corporelles
qui étaient d'ordinaire excercées par les nazis.
Ce système de la chambre d'hôtel est bien plus subtile, bien plus machiavélique : Le détenu est privé de toute communication et de toute distraction, il est laissé seul face au plus grand néant. Ainsi, la pression exercée par ce vide complet autour de lui devait lui désserrer les lèvres et le faire parler...
Cette détention hors du temps, hors du monde, cette solitude démesurée est bien loin de la violence et de
la torture qui étaient pour moi le plus sûr moyen d'obtenir des aveux. Le
joueur d'échecs-->
Jamais il ne m'était venu à l'idée que torturer l'esprit en aurait été un autre moyen...