Association - FABLES

" Nous étions arrivés à l'angle d'une pelouse
où est érigée une statue de La Fontaine.
Silbermann s'écria en la désignant :
- Est-ce assez laid, ce buste que couronne
une Muse ? Et ce groupe d'animaux, le lion, le
renard, le corbeau, quelle composition banale !
Chez nous on ne connaît que cette façon de glo-
rifier un grand homme.
[...]
Nous étions toujours devant la statue.
- Est-ce que tu aimes La Fontaine ? me de-
manda-t-il.
Et comme cette question me laissait emba-
rassé, il reprit avec vivacité :
- Mon cher, c'est bien simple : La Fontaine
est notre plus grand peintre de moeurs. Dans
ces fables qu'on nous fait ânonner, il a dépeint
son siècle. Louis XIV et la cour, la bourgeoisie
et les paysans de son temps, voilà ce qu'il faut
voir derrière les divers animaux. Et alors com-
me l'anecdote prend de la valeur ! Combien il
est audacieux dans sa moralité ! C'est ce que
Taine a très bien compris ... Tu as lu La Fon-
taine et ses fables ?
Je fis signe que non.
- Je te le prêterai. "
Jacques de Lacretelle, Silbermann