Ecriture d'invention - Lettres persanes 2008 : lettre 28
De Law à Chouw
Voila déjà un mois que nous survivons dans le pays des droits de l homme, et plus précisément à Brest dans laquelle nos objectifs vitaux furent accomplis sans peine, nous pûmes facilement trouver un logement dans le centre ville, un centre ville pauvre en animation je dois l avouer, un centre ville minuscule comparé a notre belle capitale, un centre ville où respire la tristesse de vivre de ses joyeux habitants.
Tu seras choquée de savoir qu’un brestois marchant dans la rue ne sourit jamais, son visage aussi vide que le néant, et tel un robot il avance à son but me frôlant comme si je n existais pas, or s il me remarque, là tout change ! Ses yeux triplent de taille, sa mâchoire s affaisse, sa tête me suit a 180 degrés ! Mais cette succession de machines programmées devient fatigante, lassante, éreintante, cela touche mon moral, je ressors blessé de chaque sortie de notre appartement dans lequel je reste calfeutré par peur.
J ai peur de la façon dont l humain se conditionne dans ses idées, ma façon de me vêtir a horrifié, a choqué, a consterné !! Imagines-tu ? Mes cheveux noirs, mon maquillage, mon sweat avec la faucheuse, mon grand baggy et mes new rock sont anormaux ici bas, Sow et moi fûmes des attractions de foire. L uniformité règne ici en maître sur une population soumise, ne pas être dans les normes est signe de complications, de problèmes compliqués, mais en même temps si leurs normes n étaient pas si banales peut être que je me sentirais mieux, pense a une fille en Converses avec un jean et une veste normale et tu auras la population totale de filles en ville ! Effarant ne trouves tu pas ? Et de surcroît, la mode est là bas un élément vital, si tu n es pas à la mode ? alors tu es jeté, tu n aimes pas cette mode ? alors tu vas te forcer pour rester avec tes amis. Le pire dans tout cela c est que cette gangrène touche tous les domaines.
Le fait de regarder le reflet de la population à travers la télévision me le prouve, ma passion musicale et littéraire n est que du vent car à la place une musique abominable agresse mes oreilles, du rap, du rnb, de la techno sont ici les principaux mouvements. Quelle horreur! Tous ces sons sont si répétitifs! Les paroles idiotes! Le rythme si désespérant, et pas de rock, pas de classique, pas de chanson a textes, on m inflige une torture auditive, et pourtant c est ce qu’ ils écoutent, ce qu’ils aiment. Quand j erre en ville avec mes écouteurs ou mon téléphone, je vois les visages se tourner, rire, soupirer d entendre une musique pourtant si parfaite se jouer, mon regard se lance alors désespérément a la recherche de la liberté au loin. Ce qui me fit remarquer un second fait aberrant, mais où sont donc passés les livres? Pourquoi personne n en lit? Peut etre est ce interdit par la loi? Va savoir. Je me précipitais des lors chez nous pour chercher une émission littéraire à la télévision ! Mais non je tombai sur un programme absolument surprenant, ce fut un moment mémorable grâce à des faits sidérants, une folie m envahit, au point que je crus devenir abruti : c’était une télé réalité...
Mes lettres ne cesseront pas, je te décrirai encore notre expédition ici-bas. Tout me manque de notre pays, car cette société où je suis tombé n’est en rien l’endroit où j’étais heureux.
Lundi 30 juillet 2008

JEAN-MICHEL BASQUIAT : Self-portrait