Ecriture d'invention - Lettres persanes 2008 : Lettre 20
Radgi à Maliky
A Siteki
Quand mon cœur a pris envol dans cet oiseau blanc, il y a deux semaines pour ce déplacement qui était pour notre famille la dernière chance de survivre à nos affaires qui faisaient demander charité à notre religion, je m’étais envolé avec la plus grande estime envers ce pays qu’est la France où l’homme avait des droits : liberté, égalité et fraternité mais en ce jour je vais sûrement t’étonner car toutes ces paroles ne sont que faussetés, mensonges, bernantes. Je vais t’apprendre comment mon cœur n’est plus que méprisant envers cet Etat.
Toute ma vision a été changée dès que l’oiseau volant a été cueilli à Paris. Mon idée était claire avant de partir : Paris est en cette terre la capitale de la politesse et de l’hospitalité, je peux te l’assurer maintenant, c’est un paradoxe. Regardez comme un cafard a écrasé, détroussé de mes biens durant une période qui m’avait apparu plus longue que ce déplacement qui avait duré une lune, je me sentais animal dans cette humiliation qu’aucun Sitekien n’aurait jamais vécue dans notre si belle Afrique à Siteki. Je voyais que ceux qui étaient aussi blancs que les nuages du plafond de la terre n’étaient retenus qu’un court instant alors que ceux qui étaient aussi noirs que le chocolat que notre mère Mory nous servait à notre anniversaire étaient considérés comme des bêtes à faire repartir dans les oiseaux aussi hâtivement qu’ils en étaient sortis. Je ne fus libéré qu’au bout d’heures qui m’avaient paru comme une éternité.
En sortant de cet enfer, je fus encore plus choqué. Des dizaines, des centaines, des milliers de personne je ne sais pas trop marchaient aussi hâtivement que cet oiseau, cela n’a rien à voir avec nos rues boueuses qui leur sembleraient étrangement désertes. Les femmes portent si peu de vêtements que vous en seriez offusqués, quant aux hommes ils ne portent que des pantalons, aucun vêtement long. Mais ce qui m’étonne le plus c’est qu’ils ont tous accroché à leur oreille des boîtes rectangulaires, je ne sais pas en quoi cela peu être utile mais pour eux c’est comme une religion, tout le monde en a un .Les Parisiens ne sont pas vertueux, je me fis enlever mon sac par un homme blanc. L’enfer à chaque seconde, je ne pouvais pas en supporter plus, je n’avais plus qu’une envie revenir par cet oiseau de malheur mais je ne pensais qu’à votre tristesse de me revoir sans le moindre sou, alors j’ai emprisonné toute ma rancœur et je suis reparti prestement avec rien que quelques toilettes et quelques sous que je cachais dans mes chaussures.
Pour trouver un habitat, j’ai demandé à plusieurs Français. Quoi qu’en fût la réponse, à chaque fois ce fut froidement, on cherchait à fuir l’animal que j’étais. Par désolation je finis par partir d’un abri pour la nuit, c’est là que je fis la rencontre d’une église quoi que plus charitable, mais le prêtre me disait que toutes les places étaient prises, en vain je suis parti et j’ai fini par m’endormir sur un banc de bois, pleurant ma regrettée Afrique.
Les Français n’acceptent pas la différence, Maliky, ils se croient supérieurs avec leur air hautain, méprisant. Ils ne cherchent même pas à plonger à l’intérieur de notre âme pour découvrir que blanc ou noir, Français ou Africains, on a la même humanité malgré la différence. Elle n’existe pas leur devise, elle est inutile. Où est l‘égalité dans ce pays ? Il n’y en a pas. Je suis en train de briser tout ce que tu avais de considération envers la France mais je ne peux te dire que tout est bonheur alors que tout est malheur.
Je tiendrai, pour vous ma famille, j’espère une réponse assez hâtive de votre part pour connaître votre opinion sur mes paroles qui pour moi vous ont éclairé sur la vérité.
A Paris, le 12 du mois de Mai, 2008
HYERONYMUS BOSCH : L'enfer (détail) (1503-1504)