Ecriture d'invention - Lettres persanes 2008 : Lettre 14

Cédric à Lucas
A tocat
Cela fait maintenant deux mois que je réside dans la capitale de la France, je me suis installé au dernier étage d'un appartement, tu n'imagines pas ma réaction de vivre si haut perché dans ces cubes tous aussi banals, vieux, délabrés, poussiéreux, tristes les uns que les autres, j'ai tout de suite ressenti ce que l'on appelle le mal du pays. Je suis si près des nuages et pourtant je ne me sens pas pour autant libre. Et je peux te dire que l'on se sent même enfermé ici, dans ce que j'ai pu lire je croyais que paris était une ville belle, chaleureuse, magnifique, mais depuis mon escale elle me semble vieille, triste, vide. Je n’ai d'ailleurs pas osé sortir de là où je vis les premiers jours, ce qui m’a permis de trouver une chose qui ne me déplaisait pas, j'aime d'une certaine manière la vue que j'aie, non pas pour la ville elle même, mais pour les gens qui y vivent. J'ai observé chaque geste, analysé chaque manière, scruté chaque mouvement de ces hommes, et j'en suis arrivé a une conclusion navrante: ces hommes sont des robots. Tu peux être certain que si tu vois un homme sortir de chez lui à 6H00 le lundi, le mardi à la même heure il partira de chez lui.
Je me suis risqué au bout de quelque jours à sortir de chez moi pour me mêler à ces hommes et ces femmes, ma première réaction fut l'étonnement, je n'avais jamais encore vu autant de moyens de transport, à paris tu trouves tous les transports du monde disponibles sauf la marche, personne ne marche, pour les parisiens marcher est une corvée, marcher est une perte de temps, et quand je croise dans les rares occasion une personne qui utilise ses pieds, celle ci me regarde avec des yeux noirs comme si elle voulait me montrer toute la haine qui débordait en elle, n'en pouvant plus de me faire dévisager de la sorte, je me suis dit qu'il fallait que je m'intègre à eux pour me fondre dans la masse, j'avais décidé de prendre les transports en commun, j'ai d'abord voulu tester le métro, mais les plans si abstraits et tous ces tunnels qui s'entremêlent tel un nid de vipère m'ont fait changer d'avis, je me suis donc embarqué dans un bus, et là je fus stupéfait, le nombre de personnes qui prenaient tout l'espace ne me laissant qu'un trou de souris pour respirer ne m'impressionnait pas, mais c'était leur façon d'être, personne ne parlait, ils étaient tous silencieux, certains avaient des baladeurs pour écouter leurs musiques, cela me parut dingue, les parisiens préfèrent rester dans leur monde plutôt que de parler avec autrui. Je ressentais en moi une sorte de nombreuse solitude, je n'avais jamais rencontré et encore ce mot me paraît ironique, des gens aussi froids.
Ne voulant pas rester sur un point négatif, je me suis décidé à en apprendre plus des cultures et des mœurs européennes, mais malheureusement la seule chose que je vis c'était cette grande tour de métal.
Et que dire de ce qu'ils appellent la politique, les représentants des peuples français ne sont que des hommes avides de pouvoir, qui passent leurs journées dans des bureaux à essayer de nuire à la liberté d'un autre, et que dire de leur abus, ils sont les rois de l'engagement et des promesses mais malheureusement aucune d'entre elle n'est jamais faite, ils sont aussi les rois de la modestie et de la sagesse, tant ils se croient puissants, généreux et bons, ils n'hésitent pas à se comparer à des incarnations de dieux, oh oui qu'ils sont vénérables ces politiciens, et pourtant bien qu'ils portent sur eux tous les défauts de la terre, dès que l'un d'entre eux s'exprime, et peu importe ce qu'il exprime, le peuple entier partage ses idées et dès qu'un autre prend la parole à son tour en exprimant des idées différentes, le peuple entier change d'avis et de jugement, mais ils font tout cela dans un seul but, profiter d'autrui pour mieux vivre. Ils profitent du peuple et le dévorent tel un loup chassant un troupeau de moutons.
Je ne te parle pas de leur croyance qui n'existe pratiquement plus, les rares survivants sont soit des gens qui commettent tous les péchés et crimes possibles et qui pourtant chaque semaine demandent le pardon de leur dieux, soit des personnes se prenant pour des prophètes, donnant les leçons à travers la bible qu'ils lisent à longueur de journée mais qu'ils n'ont jamais fait l'effort de comprendre. Ils se disent tout connaître et pensent que tout le monde doit leur obéir tel un berger donnant ordres à ses moutons.
Je suis bien attristé de voir comment l'être humain peut se développer et ce qu'il peut devenir suivant l’environnement dans lequel il évolue, je ne connais pas encore toutes les facettes de ces gens, j'espère en apprendre davantage sur eux par la suite, pour l'instant j'en reste sur ces propos mais si je peux me permettre un conseil : profite bien de la vie que tu mènes là-bas, elle est beaucoup plus sage et respectable que celle dont je suis victime. Je me sens tel un mouton noir voulant comprendre pourquoi les autres aiment les loups et les bergers,
de paris le 24mai 2008