Rencontre - G. Vissac
Dans le recueil de Guillaume Vissac, Le fragment n°0, qui est la piste pour comprendre, parcourir l'oeuvre, a été inspiré par un auteur, Julio Cortazar:
Julio Cortazar est un écrivain argentin,
auteur de nouvelles et de romans.
Née en 1914, en Belgique
et mort en 1984 à Paris.
Il est l'auteur de l'un des romans les plus commentés de la langue espagnol : "Marelle".
Et plusieurs de ses nouvelles ont été adaptées au cinéma.
Voici un extrait de Marelle de Julio Cortazar
Chapitre 94
Morellienne
Une prose peut s'avarier comme un morceau de rumsteck.
J’assiste depuis des années aux signes précurseurs de la
pourriture de mon style. Comme moi, il a ses angines, ses
ictères, l'appendicite, ses crise d'aboulie, mais il me devance
sur le chemin de la dissolution finale. Après tout, pourrir signifie
en finir avec l'impureté des composants et rendre ses droits au
sodium, au magnésium, au carbone chimiquement purs. Ma
prose se pourrit syntaxiquement et avance - à grand-peine - vers
la simplicité. Je crois que c'est pourquoi je ne sais plus écrire
”cohérent”; mon verbe se cabre et me jette tout de suite à terre.
Fixer des vertiges, comme c’est bien. Mais je sens qu'il me faudrait
fixer des éléments. La poésie est faite pour cela, comme
certaines situations de roman, de nouvelle, de théatre. Le reste
n'est que remplissage et me rebute.
— Oui, mais les éléments, est-ce là l'essentiel ? Fixer le carbone
est moins intéressant que fixer 1'histoire des Guermantes.
— Je crois confusément que les éléments que je vise sont une
limite de la composition. On inverse le point de vue de la chimie
scolaire. Quand la composition est parvenue à sa limite extrême,
s'ouvre le domaine de l'élémentaire. Fixer ces éléments et, si
possible, être ces éléments.