Incipit autobiographique - " Rêverie adolescente "
M'écrire pour me dévoiler. Ces pages seront mes vérités, ce que je suis et ne suis pas. Des vérités qui doivent être assumées.
Le commencement n'est autre qu'une année de seconde détestable. S'en suivent des conflits, des guerres civiles éclatent dans une grande maison. Sur le front, Colonel Papa s’en sort plutôt bien, Capitaine sa fille est gravement blessée. Rien de très méchant. Juste l’adolescence. Le vainqueur décide du sort du vaincu : prison à durée indéterminée. Mais la perdante ne veut pas rester cloîtrée derrière les barreaux de lierres. Elle manquerait de belles occasions de s’amuser et partager. Elle partira donc à plusieurs reprises, au cœur de la nuit puisque le jour et le soir lui sont interdits. Cette nuit devient le rêve éveillé de son sommeil inexistant durant plusieurs heures. Le gagnant endormi ne s’en soucie pas. Ce n’est pas un signe de rébellion. Juste l’adolescence.
C’était il y a peu de mois, du haut de mes 16 étés et demi, je me suis éclipsée de mon chez moi, le temps d’une nuit. J’ai arrangé mon lit à l’aide de mes innombrables peluches, de façon à former un corps de jeune fille endormie. Je suis ensuite sortie de ma chambre emportant avec moi deux lourdes couvertures et rejoignant à pas de louve les escaliers. Je devais me faire aussi petite, aussi discrète et aussi silencieuse qu’une fourmi si je ne voulais pas réveiller le puissant Tapir.
37 marches menaçantes s’ouvraient à moi : je connaissais par cœur leur façon sadique de craquer sous le poids de mes pas, manquant à tout instant de réveiller le grand Tapir. Les deux couvertures ne me facilitaient pas la tâche… Mais heureusement ma maladresse n’intervint pas, je descendais tranquillement et arrivais dans la salle de séjour. Près de la baie-vitrée, les 3 plants m’intimidaient… Eclairés par les astres nocturnes, ils ressemblaient à des petits êtres nuisibles… J’enfilais en vitesse pulls, bonnet et chaussures avant d’imaginer à nouveau d’autres créatures rodant dans mon salon. Il était environ 00h23 et je m’offrais aux immenses bras de Nyx.
A bord de mon vélo, je déambulais les avenues de ma petite ville LRK. En chemin, je rencontrais parfois des hommes aux képis bleutés, des âmes euphoriques rentrant de soirées plus ou moins arrosées. On se saluait tous. Il m’est même arrivé de discuter avec une jeune mère que le mari n’avait pas correctement aimé.
J’étais à la rencontre de la nuit, je me faufilais à travers son sombre corps.
Mon but de cette nouvelle virée était le Moulin-Blanc. Un magnifique sourire orné de grands yeux bleus m’y attendait. La lune aussi me souriait, elle et ses milliards de filles étoilées. Il me semblait parfois apercevoir le chat de Cheshire dessiner le W de la belle Cassiopée avec l’épée d’Orion, près d’une grande casserole à pattes d’Ourse.
Je n’avais pas échappé aux bras de Morphée.