Incipit autobiographique - " Ecrire. Ecrire sa vie ... "
Ecrire. Ecrire sa vie. Ca peut paraitre comme étant un exercice simple, similaire à un journal intime tenu par une adolescente, mais c'est tout l'inverse. On commence, puis on a l'impression d'en dire trop, alors on jette son brouillon et on recommence. Mais il y a toujours quelque chose qui ne va pas, et au final notre corbeille à papier finit par déborder.
Ma vie, ou du moins le début, c'est un peu la même chose. Il y a toujours un petit truc qui dérange tout, qui fait tâche.
Le 4 mai 1992, je suis venue bouleverser la vie de mes parents, qui pour me faire un peu de place dans le cocon familial ont quitté leur petit appartement d'étudiants en ville pour s'installer dans une petite maison douillette à la campagne, pas trop loin de chez ma grand-mère. Jusqu'ici tout va bien, à part les pleurs au milieu de la nuit juste pour faire plaisir à papa. C'est réellement à partir de mes six ans que ça commence à se compliqué, le jour ou la petite fille que j'étais à perdu son confident, ou, si vous préférez, son grand père.
C'est à partir de ce moment là que je veux commencer le récit de ma vie, car c'est là que j'ai vraiment compris ce qu'est la vraie vie. A n'importe quel moment, même lorsqu'on s'y attend le moins, la pire chose que l'on aurait souhaitée peut nous tomber dessus.
Mon grand-père, c'était tout pour moi. Je n'en avais qu'un, contrairement à beaucoup de mes amis. Mais il me suffisait amplement. J'aimais passer des heures assise sur ses genoux, sur son vieux fauteuil dans son salon, à l'écouter raconter des histoires, son histoire. Sa biographie je pourrais presque l'écrire, la vie d'un homme, un pécheur, amoureux puis trahi par l'amour. Sa vie s'est arrêtée brutalement. Le jour de l'épiphanie. J'étais chez ma grand-tante, sa sœur. Le téléphone sonne, elle décroche, puis appelle mon père. Cinq minutes passent, puis dix. Il raccroche, susurre quelque chose à l'oreille de ma mère qui m'embrasse les larmes aux yeux, et ils s'en vont tous les deux. Je ne comprends pas. Alors ma tante J. me regarde droit dans les yeux, me prend dans ses bras, et me dit : " Ton grand-père est décédé ce matin ". Décédé. Je ne comprends pas, mais je crois que c'est grave. Cette phrase, elle restera gravée dans ma mémoire pour toujours. Peu de temps après, c'est mon parrain que je vois arriver à travers le carreau de la salle. Il me prend dans ses bras et me dis qu'il est venu me chercher. Trente minutes plus tard, je suis dans cette maisonnette que je connais si bien, et je cherche le vieil homme dans chaque pièce, dans chaque recoin, et dans chaque petit endroit où j'avais pour habitude de me cacher lors de nos longues parties de cache-cache. C'est alors que j'aperçois l'ambulance dehors, et ma mère pleurant avec mon père, ma tante avec mon parrain. Et là j'ai compris que c'était fini. Les récits qui duraient des après-midi entières, les interminables parties de cache-cache, les cours d'anglais, les promenades jusqu'à la boulangerie, et surtout les longs câlins que j'aimais tant.
Je n'avais que six ans, et la vie m'avait déjà pris le plus important, mon confident. C'est pour ça qu'aujourd'hui je me confie à lui, à travers l'écriture. Mais malheureusement, ça ne suffit pas toujours à sécher mes larmes.