Impression de lecteur - Lorenzaccio : Personnage
Le début de la pièce fait de lui un être perversement raffiné, un être méprisamment cynique et un être immoralement libertin qui encourage et participe à la débauche de son acolyte et cousin, le Duc de Florence. Lors d’un bal où il est déguisé en nonne il s’amuse même à jeter sur un provéditeur les bouteilles qu’il a précédemment vidées.
Mais il revêt un masque différent et contradictoire à certains moments, autre que ce masque noir : un masque en porcelaine. « Regardez-moi ce petit corps maigre, ce lendemain d’orgie ambulant. Regardez-moi ces yeux plombés, ces mains fluettes et maladives, à peine assez fermes pour soutenir un éventail, ce visage morne, qui sourit quelquefois, mais qui n’a pas la force de rire » (acte I, scène 4). Il fait preuve de lâcheté et de faiblesse, s’évanouit à la vue d’une arme quand, ayant poussé trop loin l‘insolence, le Sire Maurice le provoque en duel.
Au fil de la pièce, un autre visage apparaît, l’authentique, le Lorenzo bienveillant qu’il été autrefois, l’enfant tranquille et studieux avant de « jouer son hideuse comédie ». Malheureusement, ce visage n’apparaît que par souvenir de son enfance ou par le rêve de sa mère, ou l’enfant qu’elle aimait tant se manifeste en un mélancolique spectre noir, mais qui n‘est rien de plus qu‘un fantôme du passé.
L‘« esprit acéré » de Lorenzaccio se dévoile aussi peu à peu. Jouant avec le masque noir et le masque en porcelaine, lui qui servait au duc d’espion et d’entremetteur, manipule celui-ci depuis le début. Subtilisant joyeusement la cotte de maille de son cousin, après l’avoir flatté innocemment et interrogé à ce sujet avec un désintérêt affecté, il va l’égarer subtilement au fond d’un puit. Il revient ensuite vertueusement voir son cousin une guitare à la main, en parvenant à détourner ses soupçons alors que celui-ci l’a vu près du puit, en utilisant son point faible : les conquêtes féminines. Une manipulation en plus du jeu d’apparence destinés à abattre les défenses de son cousin, jusqu’au moment fatidique où le masque de porcelaine volera en éclat, lorsque Lorenzo l’assassinera…
Malheureusement,
Ces masques au fil du temps se sont incrustés dans son visage :
« Le vice a été pour moi un vêtement, maintenant il est collé à ma peau. » (Acte III, scène 3)
Qui de masques sont devenus lui-même :
« Qui ai été aux mauvais lieux avec une résolution inébranlable de rester pur sous mes vêtements souillés, je ne puis ni me retrouver moi-même ni laver mes mains, même avec du sang ! » (Acte IV, scène 6)
Qui le détruisirent :
« Je suis plus creux et plus vide qu’une statue de fer blanc. » (Acte V, scène 6)
Et il mourra, dégoûté de ce qu’il est devenu, écoeuré de l’indifférence humaine, découragé par la corruption, fatigué de la lâcheté des gens, cette même fausseté qui le poignardera dans le dos.