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Publié par Fabio

Voltaire: Lettres philosophiques (1733), dixième lettre: “Sur le commerce”.


Le commerce, qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres, et cette liberté a étendu le commerce à son tour; de là s'est formée la grandeur de l'Etat; c'est le commerce qui a établi peu à peu les forces navales, par qui les Anglais sont les maîtres des mers. Ils ont à présent près de deux cents vaisseaux de guerre; la postérité apprendra peut-être avec surprise qu'une petite île, qui n'a de soi-même qu'un peu de plomb, de l'étain, de la terre à foulon, et de la laine grossière, est devenue par son commerce assez puissante pour envoyer en 1723 trois flottes à la fois en trois extrémités du monde, l'une devant Gibraltar conquise et conservée par ses armes, l'autre à Porto-Bello pour ôter au roi d'Espagne la jouissance des trésors des Indes, et la troisième dans la Baltique pour empêcher les puissances du nord de se battre.
    Quand Louis XIV faisait trembler l’Italie, et que ses armées déjà maîtresses de la Savoie et du Piémont étaient prêtes de prendre Turin, il fallut que le prince Eugène marchât du fond de l’Allemagne au secours du duc de Savoie; il n'avait point d'argent sans quoi on ne prend ni ne défend les villes, il eut recours à des marchands anglais; en une demi-heure de temps on lui prêta cinquante millions, avec cela il délivra Turin, battit les Français, et écrivit à ceux qui avaient prêté cette somme ce petit billet: "
Messieurs, j'ai reçu votre argent et je me flatte de l'avoir employé à votre satisfaction.
"
    Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais, et fait qu'il ose se comparer, non sans quelque raison, à un citoyen romain. Aussi le cadet d'un pair du royaume ne dédaigne point le négoce. Milord Townshend, ministre d’Etat, a un frère qui se contente d’être marchand dans la Cité. Dans le temps que Milord Oxford gouvernait l’Angleterre, son cadet était facteur à Alep, d’où il ne voulut pas revenir, et où il est mort.
    Cette coutume, qui pourtant commence trop à se passer, paraît monstrueuse à des Allemands entêtés de leurs quartiers; ils ne sauraient concevoir que le fils d'un pair d'Angleterre ne soit qu'un riche et puissant bourgeois, au lieu qu'en Allemagne tout est prince; on a vu jusqu'à trente altesses du même nom, n'ayant pour tout bien que des armoiries et de l'orgueil.
    En France est marquis qui veut, et quiconque arrive à Paris du fond de sa province avec de l'argent à dépenser et un nom en ar ou en ille peut dire "
un homme comme moi, un homme de ma qualité", et mépriser souverainement un négociant; le négociant entend lui-même parler si souvent avec dédain de sa profession qu'il est assez sot pour en rougir; je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un Etat, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde.

 

 

Dans cette lettre de Voltaire, on voit clairement son point de vue et surtout sa critique vers la manière de vivre de la France de son époque.

Il compare la France à l’Angleterre.

Tout d’abord il présente la situation anglaise : l’Angleterre est riche, industrialisée, puissante et ça est la conséquence directe d’un bon utilise du commerce.

Le commerce a contribué à rendre les citoyens libres et cette liberté a étendu le commerce à son tour. 

En Angleterre le marchand est la plus importante profession parce qu’il est capable d’enrichir son pays  et de contribuer au bonheur du monde.

Au contraire, en France quiconque a de l’argent à dépenser peut arriver à Paris, se considérer un noble qui doit être respecter dans la société et se donner des airs de grandeur. S’il veut continuer être noble, il devra jouer le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un ministre sous la protection du gouvernement.

 

La publication des « Lettres philosophiques »  eut l’effet d’un bombe parce qu’elles dénonçaient la société française. Le gouvernement et les nobles n’étaient pas contents.

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P
<br /> j'ai un devoir a rendre et jaimerais avec un peut d'aide. mon sujet est: cette formule vous semble t elle valable dans le monde daujourd'hui?? si vous pouriez m'aider se serait trés symptique.<br /> merci<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Merci, Fabio.<br /> Il se trouve que ce débat sur la naissance et le mérite est en résonance avec l'actualité de ces derniers jours en France...<br /> http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/10/14/l-affaire-jean-sarkozy-trouble-l-ump-et-indigne-la-gauche_1254041_823448.html<br /> Peut-être avez-vous entendu parler de l'affaire jusqu'en Italie ?<br /> <br /> <br /> <br />
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