Try to remember the sky of September.

Dimanche onze octobre.
Dix-sept heures vingt-cinq.
La voix de Pascale Picard grésille dans mes oreilles. Il faudrait vraiment que je pense à changer les écouteurs de mon iPod, ils sont carrément nazes. Un jour ils exploseront et es tympans avec, si ce n'est pas déjà fait. Je viens de glisser sur l'herbe en allant aux éléphants, j'ai dû marquer une pause de dix bonnes secondes pour ne pas perdre l'équilibre et me retrouver par terre. Et c'est très long. Tiens, y avait des gens sur le terrain. Je dois passer pour un boulet. Tant pis. Faire du sport un dimanche ... Bande de malades. Bon, je reprends mon sac de baba cool et je trace ma route. Et puis, tant qu'à être ridicule ... Je m'asseois sur la souche d'arbre pile devant le stabil, comme ça ils pourront bien se moquer de moi, les petits footeux. Ils se rendent peut-être pas compte que courir derrière une balle et ruisseler de sueur, c'est pas vraiment la classe non plus. Enfin bon, chacun son truc hein.
Je sors un bout de chocolat. Punaise, ça fait du bien de manger. Pascale Picard joue les derniers accords, et on passe aux Plain White T'S. Hey There Delilah. J'ai une vue sur la piste et les footeux ont une vue sur les trous dans mon futal. Charmant. Faudrait que j'en recouse quelques uns quand même. Ça fait pas très sérieux. Au moins ceux entre les jambes parce que je crois que la vieille de l'autre côté me prend pour un exhibisioniste. Regarde ailleurs, espèce de pédophile. C'est pas la fête.
Qu'est-ce qui m'a pris d'écouter ça, j'ai les souvenirs qui remontent maintenant. Tiens, ça me fait penser à la pub pour le Café, là. La rentrée de l'année dernière. La rentrée de seconde... Ça a l'air tellement loin. Un an révolu. Ça fait bizarre de changer de lycée ... Je suis complètement paumé, je connais presque personne et j'ai toujours le réflexe de passer ma carte de self dans la fente réservée au personnel. Je m'arrête toujours tous les dix mètres pour dire bonjour, ça au moins ça n'a pas changé.
Toute l'année dernière défile devant mes yeux ... C'est comme si tous mes souvenirs faisaient leur jogging sur la piste d'athlétisme. Mes souvenirs doivent être un peu masochistes. C'est très rapide et très lent en même temps, ça fait un peu comme si on avait ralenti une avance rapide. Ou l'inverse.
Je dis vraiment n'importe quoi, un truc de barge. Tiens, voilà que j'ai pris le tic d'Ana. "Truc de barge". C'est marrant comme expression. Pas très distingué, mais marrant. Je vais dire ça maintenant. Il fait froid, truc de barge ! Hum. Il commence à pleuvoir. J'ai un parapluie dans mon sac, je crois. Ah non, je l'ai laissé sur l'armoire. Quel débile. Oublier un parapluie à Brest, c'est pas très malin. Enfin bon. On fera sans.
J'ai fini la tablette de chocolat. J'ai vraiment plus rien à faire. Mais je vais rester un peu là quand même. Sur ma souche. Ça me fait pas de mal de me remémorer les bons souvenirs de l'année dernière. En fait, pas juste de l'année dernière. De toutes les années passées à l'Harteloire ... Sixième, Cinquième, Quatrième, Troisième, Seconde. Cinq ans. Ça fait bizarre de penser ça. J'aime bien les chiffres impairs d'habitude, mais pas le cinq. Non, le cinq, ça fait trop convenu. Trop rond. Je passe pour un fétichiste là, ça devient grave. Boulet, exhibisionniste, fétichiste. Ça commence à faire beaucoup pour même pas un quart d'heure.
Il pleut de plus en plus, je vais rentrer chez moi. Je connais le chemin par cœur maintenant, à force de le prendre tous les matins et tous les soirs. Et dire qu'avant j'arrivais à me paumer dans ce quartier. Je sais pas trop si je préfère l'Iroise à l'Harteloire. Enfin, si, je sais que je préfère l'Iroise, concrètement. Mais en quittant l'Hartel', j'ai aussi laissé plein de gens, plein de souvenirs derrière moi. Et ça ... Je sais pas trop si c'était une bonne chose. Je crois que oui. Ça commençait à me gaver de voir tout le temps les mêmes personnes. Même s'il y en a dont je ne me lasserai jamais. Et puis en rencontrer d'autres ça me fait du bien aussi. Je pensais pas qu'on deviendrait aussi proches avec Ana et Cécile. Ça au moins c'est une bonne surprise. Je sais vraiment pas ce que je ferai sans mes amis. Charlie Winston et les VRP bercent mon retour, je me sens bien même si il pleut et que je recommence à tousser. Finalement, j'avais pris mon parapluie, mais j'ai trop la flemme de l'ouvrir. Boulet, exhibisionniste, fétichiste, flemmard. Je crois qu'on va s'arrêter là.
Je ne regrette pas, je suis nostalgique.
[J'ai
raconté ma vie, un truc de barge.]
Lebaudosh©
Lebaudosh©