Appréciation - Jérôme Leroy
Voici un des poèmes que j’ai le plus appréciés :
Carver à Toulon
Je vais aller boire un pastis
Dans les bambous au fond du jardin
Là-bas il y a le ciel bleu
Cinq ou six chats
Une chaise longue
Les poèmes de Raymond Carver
(La vitesse foudroyante du passé)
Et quelque chose qui ressemblerait à du bonheur si
Tout
Les bambous
Le ciel bleu
Les chats
La chaise longue
Carver lui-même
Tout
N’était pas si fragile dans le temps
Allait survivre davantage
Qu’un simple midi en été
Et l’instant
En équilibre sur le mistral
Tente sa chance contre l’éternité
Pourtant vois-tu
Ce pastis
Dans les bambous
Au fond du jardon
Je vais quand même aller le boire.
Déjà, le cadre est curieusement identique au mien (à l’exception près qu’il n’y a que deux chats à me tenir compagnie, sauf quand ils se mettent en tête de chasser les papillons… et je ne bois pas systématiquement du pastis X3).
Ensuite, je trouve ce poème très puissant, de par sa sobriété et son apparente indifférence. Il aborde le temps, le temps qui ébranle tout, le temps qui efface tout. Le bonheur est dans l’éternité semble nous dire Jérôme Leroy. Je partage son avis. Seulement, l’éternité est partout, il suffit de la garder à l’abri, dans un cœur que rien n’altèrera. C’est sûrement pour ça qu’il va quand même le boire, son pastis au fond du jardin. Parce que le bonheur n’a pas de fin. Parce que le temps n’emporte que les choses éphémères.