Sylvie Germain : Magnus - Episode
" Le livre neuf
que May lui avait offert était déjà tout défraîchi, on voyait à ses pages cornées, froissées par endroits, qu'il avait été manipulé sans précaution, lu et relu avec avidité. Elle n'a plus
hésité à se lancer à son tour dans la lecture du roman, la curiosité aiguisant sa connaissance imparfaite de l'espagnol. Le récit l'a déconcertée, tous les personnages n'étaient que des
âmes en souffrance balllottées dans le vide, entretissant des flambeaux de dialogues, une farandole d'échos échappés d'outre-tombe et errant à la façon de deux feux follets dans la longue nuit
blanche de Comala. Est-ce ainsi que nous parlent les morts ? s'est-elle alors demandé. Terence a répondu obliquement, disant qu'ainsi parle notre mémoire, en un resssassement continu, mais si
bas, si confus, comme celui du sang dans nos veines, qu'on ne l'entend pas. On l'entend d'autant moins qu'on ne l'écoute pas. Mais il y a des livres écrits de telle
sorte que, parfois, ils font sur certains lecteurs un effet semblable à celui de ces gros coquillages que l'on presse contre son oreille, et soudain on entend la rumeur de son sang mugir en
sourdine dans la conque. Le bruit de l'océan, le bruit du vent, le bruit de notre propre coeur, un bruissement de limbes. Adam a lu ce livre qui à d'autres ne raconte qu'une histoire étrange,
confuse, dont ils ne franchissent pas le seuil, et le livre se sera posé contre son oreille : un livre en creux, en douve, en abîme, où une nuée d'échos se sera mise à chuchoter.
"
Si j'ai choisi ce passage, c'est parce que j'ai beaucoup aimé la comparaison entre le livre et le coquillage. Ce n'est pas le genre d'objet que l'on compare habituellement ensemble, et pourtant ce qu'écrit l'auteur est tout à fait juste. De plus je trouve que cela peut nous renvoyer à l'autobiographie, car il est ici question de la mémoire.
Si j'ai choisi ce passage, c'est parce que j'ai beaucoup aimé la comparaison entre le livre et le coquillage. Ce n'est pas le genre d'objet que l'on compare habituellement ensemble, et pourtant ce qu'écrit l'auteur est tout à fait juste. De plus je trouve que cela peut nous renvoyer à l'autobiographie, car il est ici question de la mémoire.