Anthologie de Poème en prose - Charles Baudelaire.
LE CONFITEOR DE L’ARTISTE
Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.
Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m’exaspère. L’insensibilité de la mer, l’immuabilité du spectacle, me révoltent… Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu.
________________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________________
j'ai choisi ce poème, car lors de la lecture, on sent le vent passer sur le visage, on entend le bruit des vagues, on voit ce superbe ciel bleu si présent en Bretagne ( hum hum … ).
Baudelaire nous décrit avec sa plume si unique la beauté et la simplicité de mère nature.
Puis vient la chute du texte où le vent se fait glacial et transperce le dos, où le bruit des vagues devient effroyable et où le ciel se fait nuageux et lourd.
Baudelaire rend à la nature un hommage en la montrant sous son coté lunatique.
