Poème en prose - Ponge
LE PAPILLON
Lorsque le sucre élaboré dans les tiges surgit au fond
des fleurs, comme des tasses mal lavées, - un grand effort se produit par terre d'où les papillons tout à coup prennent leur vol.
Mais comme chaque chenille eut la tête aveuglée et laissée noire, et le torse amaigri par la véritable explosion d'où les ailes
symétriques flambèrent,
D ès lors le papillon erratique ne se pose plus qu'au hasard de sa course, ou tout comme.
Allumette volante, sa flamme n'est pas contagieuse. Et d'ailleurs, il arrive trop tard et ne peut que constater les fleurs
écloses. N'importe : se conduisant en lampiste, il vérifie la provision d'huile de chacune. Il pose au sommet des fleurs la guenille atrophiée qu'il emporte et venge ainsi sa longue humiliation
amorphe de chenille au pied des tiges.
Minuscule voilier des airs maltraité par le vent en pétale surperfétatoire, il vagabonde au jardin.

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J'ai choisi ce poème parce que j'aime beaucoup la façon dont Ponge décrit le papillon, en le comparant aussi bien à un voilier qu'à un lampiste, sans faire de lyrisme et de gnangnan,
mais en faisant de cet insecte un drôle de petit être. Et puis il y a beaucoup de jolis jeux de sonnorités, assonance en i en o en é, allitérations en r en l, qui se répandent un peu partout
à la manière du pollen...