Poèmes en prose - Denis Rigal
bout du monde
De part et d'autre et au fond, une forêt enserre ce pays sage, ou l'étreint ; le protège, peut - être ; les arbres s'arrêtent partout à la même altitude sur une ligne nette ; au-dessus, la bruyère pâle, a peine visible, et des alpages où poussent de grandes plantes solitaires que l'on ne cueille pas.
Des voix claires de sopranos appellent. Les clarines des troupeaux tintent comme la lumière qui ricoche et se brise en éclats, en écailles, sur les lauzes, les eaux mouvantes, les fleurs fragiles ; trolles, stellaires, renoncules âcres ; et les primevères élevées qui persistent, leur saison passée.
La vallée s'étrécit un peu, s'élève, semble-t-il, vers une source, un douis, une somme d'où jaillit une eau bouillonnante qui éblouit. Du train on voit la rivière et même, croit-on , le flanc des poissons : des lueurs brèves, jaunes ou argentées, lorsqu'ils cherchent leur nourriture parmi les galets; mais c'est peut-être le scintillement de l'eau hachée qui nous trompe. Peut-être que la rivière est vide .
Le train s'arrête ici une dernière fois puis il disparaît dans un tunnel qui est comme le trou-du-cul de la montagne , l'orifice par où l'univers connu s'écoule et se perd. Lorsque le convoi ressort dans un autre pays dont le nom ne vous dirait rien, ne décrit rien, ne dénote rien, ne signifie que son propre arbitraire. On dit simplement " là-bas". C'est ce "là-bas" qui nous désigne .
J'ai choisi ce poème car il y a deux parties dans ce texte qui m'a surprise lorsque le train passe le tunnel le vocabulaire qui est au debut valorisant , qui fait rêver devient d'un coup plus sombre comme si l'auteur voulait nous faire revenir à la réalité , le rêve est terminé .