Correspondance - Michaël Glück
Lettre au recueil ROUGES de M. Glück.
Cher recueil,
Je t'écris ces quelques mots pour te remercier. Outre tes poèmes magnifiques (par magnifiques j'entends captivants, surprenants, originaux, puissants, sincères, beaux dans le style, la forme, les mots), outre ceci donc, je voudrais te remercier pour ce jeu que ton auteur nous aura proposé, un jeu que l'on peut intituler : " À la recherche du poète aux semelles de vent" .
Arthur Rimbaud apparaît nominément sur la quatrième de couverture, mais on le retrouve souvent : le voleur de feu est omniprésent. Les "deux trous rouges au côté droit" du poème 1. de la section "comme un p'tit coquelicot" font écho au dormeur du val, ce soldat, devenu mythe de la poésie, qui dort, baigné de soleil, les pieds dans les glaïeuls. Tournons une page et oh ! le visage angélique d'un Rimbaud adolescent nous apparaît au détour d'un extrait de " Voyelles " habilement placé dans le poème 2. de la même section " A noir... I pourpres sang craché rires de lèvres belles". S'imprégner du poème 2., divaguer quelque peu, et tourner la tête doucement pour plonger dans les délices du poème 3. où Arthur vient une fois encore à notre rencontre : " si j'ai du goût ce n'est guère que pour la terre" ( "Faim", Une saison en enfer).
Je passe sur les autres références qui sont semées comme les cailloux d'un Petit Poucet rêveur pour m'arrêter brièvement sur le poème 3. de la section "CERISES", où les "trous rouges au côté droit" reparaissent. Dans la section précédente, recueil, tes citations de Rimbaud apparaissaient en italique, ici ce n'est plus le cas. Est-ce pour montrer que Rimbaud, ce Dieu de la Poésie, est tellement connu, lu et relu, médité et re-médité, qu'il devient finalement un ami au milieu d'errances poétiques ou campagnardes, et qu'au fil du temps, cet ami en arrive à être une partie de nous, de notre art, que l'on place consciemment dans nos poèmes sans le citer mais en l'intégrant aux vers comme il s'est intégré à nous ? Ou bien ton auteur avait-il là un objectif tout autre ?
Encore merci pour ces moments vermeils,
Brenda
