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Publié par Florine

Interview-A.-Ernaux.jpg

Bonsoir Annie ! Vous êtes venue ce soir pour nous parler de votre livre "La Place" que vous avez publié en 1983. Vous avez écrit ce livre au moment de la perte de votre père, c'est bien cela ?

Oui, tout à fait.

 

Avez-vous voulu faire transparaître la tristesse de la perte d'un être cher dans votre livre ?

Non, justement. C'est là qu'est toute la problématique de ce roman. D'ailleurs je l'annonce dès le départ : le récit sera celui de la vie de mon père, mais raconté de manière plate et totalement objective.

 

L'enjeu de ce livre, quel était-il, pour vous, personnellement ?

 Je dirais que pour moi l'enjeu était plus... thérapeutique qu'autre chose.

 

Vous adoptez dans ce livre une manière d'écrire très... insolite comme vous l'avez dit : vous avez pris le parti d'écrire d'une manière très "plate" pour reprendre vos mots, mais une autre particularité vient s'ajouter, en effet, vous ne citiez que les initiales du nom de votre père et de votre ville natale. Pourquoi ?

Je voulais avant tout exprimer la prise de distance par rapport aux faits. L'interprétation en est multiple, je laisse le choix au lecteur : si cette distance représente la honte de mon passé, de mon père, comme si je voulais tout oublier, ou si au contraire elle représente ma volonté de recul, et d'extériorisation de la douleur causée par la mort de mon père.

 

Je vois, qu'est-ce que cela vous a fait de revenir dans la peau de votre enfance, de votre jeunesse ?

 Honnêtement ce fut un exercice difficile ! Plus difficile que je le pensais, aller puiser dans ses souvenirs pour se rappeler les plus infimes détails... C'était éprouvant, et en même temps, très enrichissant. Il y a une espèce de remise en cause, et on se dit toujours les même choses : "J'aurais dû dire ça à ce moment-là" ou "j'aurais dû faire ça quand j'en avais l'occasion". Mais au final, peu de regrets. J'ai surtout eu l'impression de ne pas parler pour moi, le "je" que j'emploie durant tout le roman, n'est pas un véritable "je" pour moi.

 

Très intéressant ! Vous parlez beaucoup de la vie, des classes sociales dans votre livre, quelle en est la raison ?

Je suis née dans une famille ouvrière, mon livre retrace, en même temps que la vie de mon père, notre ascension sur l'"échelle sociale". La peur de retomber dans la misère ouvrière a beaucoup marqué mon enfance, si bien que moi-même, après avoir fréquenté la petite bourgeoisie, j'ai fini par considérer mes propres parents avec dédain et condescendance. Et c'est, je crois, cette ambiance qui caractérise aussi ce livre.

 

 

Merci beaucoup d'avoir répondu à toutes nos questions, Annie, bonne fin de soirée à vous !

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