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Publié par Fabio

L'homme est détruit en différents masques.

 

 

Exemple de texte:

 

Le Nez de Gogol

 

Il y avait peu de monde devant le Bazar. Kovaliov était si ému qu’il ne pouvait se résoudre à rien, et cherchait des yeux ce monsieur dans tous les coins. Il l’aperçut enfin devant une boutique. Le nez avait complètement dissimulé sa figure sous son grand col et examinait avec beaucoup d’attention je ne sais quelles marchandises.

– Comment l’aborder ? se demandait Kovaliov. À en juger par tout son uniforme, son chapeau, il est évident qu’il est conseiller d’État. Du diable si je sais comment m’y prendre !

Il se mit à toussoter à côté de lui, mais le nez gardait

toujours la même attitude.

– Monsieur, commença Kovaliov, en faisant un

effort pour reprendre courage, monsieur...

– Que désirez-vous ?... répondit le nez en se

retournant.

– Il me semble étrange, monsieur, je crois... vous devez connaître votre place ; et tout à coup je vous retrouve, où ?... Vous conviendrez...

– Excusez-moi, je ne comprends pas bien de quoi il

vous plaît de me parler... Expliquez-vous.
« Comment lui expliquer cela ? » pensait Kovaliov.
Et, prenant son courage à deux mains, il continua :

– Certes, moi, d’ailleurs... je suis major... Pour moi, ne pas avoir de nez, vous en conviendrez, n’est pas bien séant. Une marchande qui vend des oranges sur le pont de Vozniessiensk peut rester là sans nez, mais moi qui ai en vue d’obtenir... avec cela, qui fréquente dans plusieurs maisons où se trouvent des dames : Mme Tchektyriev, femme de conseiller d’État, et d’autres encore... Jugez vous-même... Je ne sais vraiment pas, monsieur... (ici le major Kovaliov haussa les épaules) excusez-moi... si on envisage cela au point de vue des principes du devoir et de l’honneur... Vous pouvez comprendre cela vous-même.

– Je n’y comprends absolument rien, répliqua le nez.

Veuillez vous expliquer d’une façon plus satisfaisante.

– Monsieur, fit Kovaliov avec dignité, je ne sais comment je dois entendre vos paroles... Il me semble que tout cela est d’une évidence absolue... ou bien, vous voudriez... Mais vous êtes pourtant mon propre nez.

Le nez regarda le major en fronçant les sourcils.

– Vous vous trompez, monsieur, je suis moi-même. En outre, il ne peut exister entre nous aucun rapport, puisque, à en juger par les boutons de votre uniforme, vous devez servir dans une administration autre que la mienne.

Après avoir dit ces mots, le nez se détourna.

 

 

(traduit du russe par

Léon Goldschman et Ernest Jaubert)

 

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