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Publié par Jeanne

 

DSC05061.jpegLa photo ci-dessus et les photos suivantes sont celles d' i-voix.

 

« L'objet que vous avez sous les yeux est une statuette étrusque de type filiforme, c'est à dire allongée et fine, appelée Ombra della sera ( littéralement L'Ombre du soir ). Cette statuette toute en longueur est un bronze de 57,50 cm et date de 2300 ans, soit du III ème siècle avant Jésus-Christ.

 

DSC05048.jpegLe sculpteur de cette statuette étrusque, appartenant à ce peuple aux origines mystérieuses, et originaire de Volterra, se distingue par les traits naturels réalisés au visage de cette œuvre, duquel émane un rayonnement indescriptible, ainsi que par la finesse d'autres détails.

On raconte que l'artiste aurait trouvé l'inspiration un soir d'été, alors qu'il admirait les ombres longues et étendues des rayons du soleil couchant. Il aurait alors consacré la nuit entière à la réalisation de cette statuette. Il s'agissait d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, aimant par-dessus tout travailler le bronze, matière extrêmement courante dans cette région alors riche en gisements métallifères. La considérant comme, à quelques détails près, semblable aux autres sculptures qu'il réalisait, il décida d'aller la vendre, comme il avait l'habitude de le faire.

À ce moment là déjà, à l'époque d'avant Jésus-Christ, des romains fortunés et autres personnes intéressées par l'art avaient l'habitude de décorer leurs maisons avec des petites statuettes en bronze de Volterra. De ce fait, c'est sans difficulté qu'un riche romain de passage dans la région, fasciné par la beauté de la statuette, lui en donna un bon prix. Cet homme riche, qui était par ailleurs un très grand voyageur, sillonnait le monde dans le seul but de s'enrichir de sa beauté. Il lui arrivait de ramener quelques objets mais cela avait lieu d'être uniquement si l'objet en question le bouleversait, le transportait dans des contrées lointaines et inconnues, ce qui fut le cas avec ce qui serait appelé par Gabriele d'Annunzio l' Ombre du soir. Après avoir passé quelques jours à Volterra, cet homme décida de faire route vers la Grèce et c'est ainsi que la statuette étrusque quitta l'Italie.

DSC05049Il vécut un long voyage, pénible et semé d'embûches, mais parvint à destination, la statuette sous le bras. Il était en quête d'un lieu où passer la nuit, et ses recherches s'avérant infructueuses, il décida de s'asseoir un petit moment sur un muret de pierre, pour boire un peu d'eau et se rafraîchir. Occupé à boire goulûment le reste d'eau qui lui restait, il ne vit pas, à quelques pas de lui, deux frères jumeaux âgés d'une dizaine d'années, qui l'épiait. Profitant de ce moment opportun, les deux frères coururent en sa direction et dérobèrent la statuette qui se trouvait entre les pieds de l'homme. Ils coururent à perdre haleine jusqu'au seuil de leur modeste maison. Devant la colère de leur mère, qui s’inquiétait de leur absence, ils lui offrirent la statuette en guise de pardon. Elle la plaça dans la pièce qui leur tenait lieu de salle à manger, pensant qu'elle y trouverait sa place.

Or, au bout de quelques jours, les deux jumeaux lui trouvèrent un air inquiétant, quelque chose dans le regard qu'ils ne pouvaient définir. Alors, ne supportant plus ces tête à tête quotidiens avec la statuette, ils décidèrent de s'en débarrasser. Un soir, alors que leur mère s'était endormie et que la maisonnée était silencieuse, ils la saisirent dans la pénombre de la pièce et sortirent sur la pointe des pieds dans les rues tièdes d'Olympie. À quelques mètres d'ici, se trouvait un lac peu profond dans lequel ils pourraient aisément la jeter. Ils marchèrent quelques minutes, trouvèrent le lac, et noyèrent, pour quelques siècles, la statuette.

DSC05050.jpegCe n'est qu'au XVIIème siècle, dans une Grèce dominée par les Turcs, qu'elle revit les rayons du soleil qui l'avaient fait naître. En effet, c'est dans ce contexte politique que les Turcs, connaissant ce qui avait fait la grande réputation de la Grèce, décidèrent de construire un stade olympique qui serait à la hauteur d'accueillir de nouveaux jeux. Pour réaliser ce projet, il ne leur manquait qu'une seule chose : un vaste espace. Après de longs débats sans issues, une solution fut finalement trouvée : il fallait détruire certains quartiers et assécher quelques lacs et rivières pour obtenir la place nécessaire. C'est au cours de ces travaux titanesques que le lac dans lequel les deux jeunes garçons avaient jeté la statuette fut asséché, et que cette dernière fut retrouvée.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la première personne à avoir à nouveau poser son regard sur sa taille fine ne fut pas un des hommes travaillant aux alentours du lac, mais une jeune veuve. Cette femme, inconsolable depuis que son mari avaient été assassiné par un général Turc, partait souvent se balader seule sur le lieu de leur première rencontre.

Le lac s'asséchait peu à peu, contrairement à ses yeux incessamment humides. Ces derniers étant à nouveau embués de larmes, elle ne vit pas sur quoi elle mettait les pieds, trébucha sur une partie de la statuette, et se retrouva à terre. Ses pleurs redoublèrent et elle cria à l'injustice. Étonnement, lorsqu'elle aperçut la statuette dans son intégralité, ses larmes cessèrent. À son tour, elle fut fascinée par la justesse des traits de cette statuette, y vit comme un signe du destin et sourit. Heureuse de sa découverte, mais n'ayant, désormais, plus personne avec qui la partager, elle décida de la déposer sur la tombe de son mari pour qu'à chacune de ses visites au cimetière ses lèvres retrouvent l'esquisse d'un sourire. Au bout de quelques années, cette femme mourût et fût enterrée, comme le veut la tradition, avec son mari.

DSC05051.jpegPrès d'un siècle passa, et ce n'est qu'en 1737, dans ce cimetière abandonné depuis de nombreuses années qu'elle fût redécouverte par un fermier. On raconte que ce dernier l'aurait utilisée pendant des années comme tisonnier, avant qu'un riche marchand italien, de passage dans sa ferme pour y acheter le meilleur fromage de brebis du pays, ne se rende compte qu'il s'agissait là d'un chef-d’œuvre de l'art étrusque. La statuette fut à nouveau vendue et retourna dans son Italie d'origine. Dès lors, elle n'eut de cesse de passer entre les mains des italiens les plus fortunés de l'époque.

En 1750, l'homme de lettres et archéologue Mario Guarnacci l'eut définitivement en sa possession. Collectionneur d’œuvres étrusques, elle devint la pièce la plus importante de sa collection, de part son histoire exceptionnelle.

Onze ans plus tard, en 1761, il l'offrit à sa ville natale, Volterra, ainsi que sa vaste collection d'objets étrusques parmi lesquels comptent de nombreuses urnes cinéraires en albâtre.

 

Le musée Guarnacci, dans lequel nous nous trouvons actuellement, rassemble tous ces chefs-d’œuvre caractéristiques de l'art étrusque.

Par ailleurs, ce qui est fascinant et étonnant avec l'élégance de cette statuette, créée, rappelez-vous, il y a 2300 ans, est que sa forme élancée fait penser à la créativité des œuvres du sculpteur contemporain Alberto Giacometti. (Oeuvre de Alberto Giacometti.)

 

 

Notre visite s'achève ici, par le récit de l'extraordinaire histoire de la pièce maîtresse de ce musée : la statuette Ombra della sera. J'espère que cela vous a été instructif, et, si vous désirez plus de détails sur les épisodes rocambolesques de cette statuette, je me ferais un plaisir de répondre à toutes vos questions ! »

 

SAM_0775.jpegPhoto personnelle, Volterra.


 

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Commenter cet article

Chiche Monica 23/08/2014 09:13

C'est plutôt Giacometti qui s'est inspiré...de cette Oeuvre !!! je trouve scandaleux les termes de cet article inversant la réalité....!!! c'est souvent que les médias, parfois incultes , !!!