Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Louise

Chère Peggy,

j'ai bien reçu votre lettre. Ce dîner que nous avons partagé avant votre départ était étrange, tant et si bien que je n'ai parlé à personne de ce qui est arrivé ce soir-là. Je dois avouer que j'ai ressenti un profond malaise lorsque je suis parti - cette maison, vide, où bientôt d'autres personnes allaient vivre, m'effrayait, et plus encore, je craignais que votre départ se scelle sur un conflit. Vous dites que vous progressez et que vous allez de l'avant. Je ne peux rien vous souhaiter de mieux, et je suis heureux si cette dispute, ou bien cette discussion, vous a aidé à voir plus clair en vous.

Ai-je connu cette lente défiguration de l'amour ? Pas encore, ou plutôt, c'est la mort qui a, brusquement, défiguré l'amour que j'ai éprouvé pour certaines personnes, et surtout pour mon père. Ce sont les millions de morts dont il portait la responsabilité qui ont pourri son masque et m'ont brisé le coeur. J'avais aimé mon père, et au fil des années je l'ai vu se rabougrir, s'affaiblir : étrangement la laide évolution de son apparence suivait en rythme celle de l'estime que je lui portais. J'en suis venu à le haïr, comme vous avez détesté Tim. Je ne le retrouverai probablement jamais, je ne pourrai pas lui faire connaître ma pensée, et c'est presque tant pis : l'heure est au mouvement et, comme vous l'avez dit, à un début de délivrance.

Je serais heureux de vous rendre visite à Vienne, c'est une ville que je ne connais pas et que j'aimerais beaucoup découvrir. Je pensais venir le mois prochain, dites-moi si cela vous convient, et je vous informerai de la date précise par la suite.

Amicalement,

                    

                                                                                                           Magnus.

 

Commenter cet article