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Publié par Léa

La correspondance entre les personnages du roman Les Liaisons dangereuses ne s'est pas arrêtée le 14 janvier, et certaines lettres n'ont jamais été publiées...

 

MADAME DE VOLANGES À MADAME DE ROSEMONDE

 

Oh ! mon amie ! Comment ai-je pu douter un seul instant de ma fille, de mon enfant chérie ? Comment ai-je pu laisser tant d'incertitudes me blesser et accabler aussi bien mon temps que mon cœur ? Vos silences concernant son sort m'effrayaient mais à présent que tout s'éclaire, je comprends parfaitement pourquoi vous m'aviez prié de ne pas vous interroger. Je connais votre douceur, votre indulgence et votre compassion et je suis affligée en pensant à la peine que j'ai dû vous infliger en vous pressant de me donner des réponses. Tout simplement, j'étais désespérée et perdue. Je romps ce long silence qui m'a éloignée de vous depuis mes dernières lettres, qui sont restées sans réponse. Nous étions toutes deux bouleversées par les malheurs qui nous chagrinaient, en tant que mères et amies. Je sais votre affection pour votre cher neveu, le défunt Vicomte de Valmont et vous connaissez ma tendresse pour mon enfant qui avait choisi de devenir Religieuse. Aussi, je ne m'en rappelle que trop bien, une de nos plus chères amies, la regrettable Madame de Tourvel, nous avait tristement quitté. Nous ne pouvions en ces temps-là, ni raisonner, ni en appeler à notre bon sens. Ainsi, veuillez accepter, ma chère amie, mes excuses. Je ne voulais point augmenter vos douleurs en y mêlant les miennes et en vous rappelant sans cesse les disparitions précoces de notre entourage.


Je n'écris point pour me plaindre ou relater le passé : les jours qui ont suivi les drames qui nous ont frappé ont suffi. Je vous apporte, mon amie, des nouvelles tant espérées qui, peut-être, vous distrairont de votre injuste deuil. Après avoir longtemps avancé de chagrin en chagrin, je marche maintenant de réjouissances en réjouissances. Voilà, donc le récit de ses dernières semaines qui furent chargées en émotions... Les mois passés au Couvent de... en tant que postulante, ont ôté à ma fille, la peine qu'elle avait en apprenant la mort de Mme de Tourvel et celle de M. de Valmont. Grâce à sa foi, qui est profonde et incontestablement sincère, ma fille a pu, en vivant dans l'austérité et la vertu, surmonter sa tristesse. Ainsi, comme je l'avais craint, ou peut-être espéré, son désir de devenir Religieuse n'était que l'expression de son désespoir et de sa tristesse. Mieux encore, elle me raconta dans les détails le pourquoi de son départ si précipité. Ce fut dans les larmes, des larmes si douces et si touchantes, que ma fille me raconta la peur qu'elle avait eu de s'éloigner de ma Maison après n'y être revenue que depuis quelques temps ! Comment avais-je pu ignorer cet abattement qui la touchait si gravement ? Elle ne voulait pas, m'a t-elle dit, partir une nouvelle fois du foyer où vivait la tendre figure maternelle qui l'aimait si sincèrement. Pauvre enfant... Elle n'était pas prête au mariage, voilà tout. J'avoue que j'en fus émue aux larmes. Enfin, elle poursuivit en me rappelant la souffrance qui l'avait foudroyée en apprenant le décès de quelques personnes chères à nos cœurs.

Trop heureuse de son retour, je ne lui parlais plus, ni de mariage, ni du Comte de Gercourt, mais celui-ci avec qui je n'avais pu rompre complètement nos arrangements, me mandait, sans cesse, quand il pourrait rencontrer cette chère enfant. Depuis son entrée au Couvent, je n'avais fait que retarder et retarder encore, ses noces que je jugeais trop cruelles pour ma pauvre fille. Par honte, mais surtout par fatigue, je n'avais pu expliquer clairement au Comte de Gercourt pourquoi elle s'était retirée au Couvent, mais à présent qu'elle en était sortie pour la deuxième fois, je ne trouvais plus de mots pour faire tarder davantage les noces. Je n'osais point évoquer Monsieur de Gercourt devant ma fille, de peur de déchaîner tristesse et maladie cependant elle l'apprit, par la vicomtesse de ***, au cours d'une réception que je donnais chez moi. La surprise me frappa quand pour la première fois depuis son arrivée, ma fille me demanda des nouvelles de son fiancé. J'ai longtemps hésité ; je ne savais que faire ! Je ne pouvais pas laisser ma fille sans époux mais je ne voulais pas que le regret qu'elle avait de quitter si tôt la maison la gagne une nouvelle fois. Voyant que je ne répondais pas, elle eut l'hardiesse de poursuivre. Elle me questionna davantage sur le Comte et je répondis comme je pus. Satisfaite d'apprendre qu'il n'était toujours pas marié et que nos arrangements n'étaient pas encore brisés, ma délicieuse enfant m'assura qu'elle était fin prête à devenir son épouse. Quel choc ! Ce petit cœur si doux, si tendre ! Elle ! Se marier ! La vie sage et retirée qu'elle a mené, lui a donné la maturité et la connaissance qui s'ajoutent à sa délicatesse et sa bienveillance naturelle.

Je suis si fière de cette belle enfant qui semble avoir oublié tout amour passionnel pour le chevalier Danceny, qui, je crois réside à Malte. Si vous saviez comme elle a changé ! Sa physionomie même paraît être transformée ! Bien sur, elle a toujours été gracieuse et tranquille, mais les nombreuses mésaventures qui nous ont tous marquées et son retrait sévère ont fait d'elle, une jeune fille responsable et honnête ! Quel soulagement ! Quelle histoire ! Je la félicite de cette décision de retrait qu'elle avait pris d'elle même et qui, sûrement ne serait jamais venu de moi.

Adieu, ma digne amie, j'espère vous voir aux noces de ma fille. Vous connaissez mon amitié qui n'a pas faibli avecle temps.

Paris, ce 17 avril 17**

 

P-S : En ce qui concerne Madame de Merteuil qu'elle aimait tant,  je lui ai simplement dit que celle-ci avait quitté Paris pour la Hollande où l'air plus frais l'aiderait à recouvrir la santé.

 

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source de l'image

 

LA MARQUISE DE MERTEUIL À CÉCILE DE VOLANGES

 

Vous ne cessez, ma belle, de me demander la date de mon retour, hélas, je ne peux vous répondre : je n'en sais point plus que vous. J'arrive juste d'Hollande, où, comme vous l'espériez, l'air pur m'a redonnée force et vigueur. Pendant longtemps, la tristesse d'avoir perdu de proches amis, m'avait gardée loin de Paris et je n'ai, pour le moment, le courage nécessaire de marcher là où le valeureux Vicomte de Valmont et cette tendre et aimée Tourvel ont vécu. Pour le moment, je me contente de rester dans ce château où dans le secret, vous pourrez me rendre visite. La discrétion me permet de garder toute liberté. Je compte sur vous pour n'avouer à personne l'endroit où je me trouve : je ne veux, ni alarmer nos amis, ni recevoir personne. Je vous fais, à vous seule, la grâce de connaître mon emplacement, au nom de notre grande amitié que je sais indéfectible.

Votre dernière Lettre m'a beaucoup amusée ! Vous me dites que les premiers jours passés au Couvent ont été longs et ennuyeux, je vous crois. Je sais que la vie de Religieuse ne vous convient pas et vous l'avez prouvé en égayant vos nuits avec ce jeune inconnu que vous faisiez rentrer chaque soir dans votre prison ! Vous n'ignorez pas les règles des Couvents et j'imagine le plaisir que vous avez eu en dépassant ces lois absurdes de fermer sa porte aux étrangers, en particulier aux hommes ! La partie la moins divertissante de votre Lettre concernait le Comte Gercourt, lui même assommant à mourir ! Vous avez quelques inquiétudes au sujet de ce mariage car je n'ai pu vous cacher mon amertume. Bien, malgré moi, je ne peux rien vous cacher ! Ne craigniez rien, ma belle amie, si une certaine animosité couvre mon cœur, ce n'est, en réalité, qu'un simple malentendu ! Gercourt était un vieil ami de Monsieur de Merteuil, et depuis sa tragique disparition, qui survint peu de temps après nos noces, son amitié ne se porta plus vers moi ! Je vous avoue ma faiblesse d'avoir pu croire qu'un si bon ami de mon époux aurait pu conserver la même affection à sa veuve, qu'à lui même. Les hommes sont parfois si différents de nous ! Ils vous promettent amitié et sincérité sans y croire un seul mot ! Ne jugez pas trop sévèrement Gercourt, à l'époque, il était jeune mais le temps l'a rendu aussi sage que vous l'êtes vous même. Le malentendu s'est dissipé et je suis d'accord de l'effacer à jamais. Par contre, ne songez pas que votre mariage pourrait rétablir le dialogue entre lui et moi, d'ailleurs retenez vous d'évoquer notre amitié, car je le sais ce si bon Gercourt voudrait me revoir, cependant chaque fois que je croise sa figure, l'émotion me prend : il me rappelle Monsieur de Merteuil !

Je pense déjà aux nombreuses questions que vous allez m'envoyer.  Vous allez sans doute, remettre en question cet arrangement entre Gercourt et votre mère, mais ne perdez pas le conseil de ma dernière lettre : un mari couvre les folies de son épouse ! Tout en restant aux côtés du Comte, vous pourrez conserver les quelques amitiés qui vous lient à vos compagnons. N'oubliez pas qu'en plus d'être un homme influent et respectable, votre fiancé est riche et son parti est fort intéressant. Vous m'interrogez au sujet de mon veuvage, et je vous réponds que je ne souhaite pas me marier de nouveau. Mais cette décision que j'ai prise n'a rien à voir avec votre situation. J'ai simplement promis à mon défunt mari de continuer à porter son nom, aussi longtemps que je vivrai. Cela ne m'empêche pas d'avoir quelques amis ou confidents et vous même devriez suivre cet exemple. Ne laissez pas votre futur mariage prendre le dessus sur vos activités habituelles ! Quel mal y a t-il à continuer à vivre vos passions alors qu'on est mariée ? Tant que votre fiancé n'en saura rien, aucune jalousie ne vous arrachera à vos Amants. La jalousie est un pêché très grave, et je suppose que vous ne voulez pas que Monsieur de Gercourt commette des fautes irréparables !

Vous êtes de ces rares femmes instruites qui connaissent la véritable valeur de la vie. Cependant, il vous manque une chose essentielle que personne ne vous dira, et vous ne l'apprendrez seulement si je vous l'écris tout de suite. J'ai, moi-même, dû apprendre et comprendre les grands mystères du monde, seule et je consens à vous faire partager mon expérience. Depuis votre sortie du Couvent, je parle de la seconde fois, vous êtes devenue une jeune femme savante qui, à plusieurs reprises, s'est interrogée sur le sens profond de la vie. Je ne vous blâme point et je trouve tout cela très bien. Toutes ces questions vous ont permis d'acquérir un sens de l'observation et de réflexion admirable ! De plus, vous êtes une parfaite comédienne, qui a su, par un mélodieux stratagème sortir de cette immonde prison où l'on enferme toutes femmes ignorantes !Vous avez également abusé de votre tendre Maman, qui, sans doute, aveuglée par la douleur qu'avait provoqué votre séparation, n'a vu en vous qu'une jeune fille obéissante et douce. Je vous félicite pour tout ce chemin parcouru cependant « pour arriver à ma hauteur » comme vous dites, il vous faudra apprendre quelque chose de bien plus important que ce genre de faibles manipulations. Quand vous l'aurez compris et admis dans votre décadant mode de vie, vous pourrez vous permettre toutes les vanités du monde, et obtenir comme Amant, quiconque qui vous plaira ! En plus d'avoir des amis de votre qualité et vos mœurs, vous aurez gloire et richesse. Tous ces délices, détournés de moi depuis trop longtemps... Seule mon amitié et mon affection pour celle que vous êtes devenue, me pousse à vous faire cet aveu. À présent que vous êtes digne de dépasser celle qui vous a guidé, et que votre orgueil naissant pourrait bien devenir aussi insolent et arrogant que l'était ce fier Valmont, je peux vous le dire. Ne trahissez pas le secret confié dans une si aimable confidence. Ne faites confiance à personne si vous voulez régner, dominer et vaincre. Ne donnez pas votre confiance, ni en vos Amants, ni en vos amies, ni en vos proches parents, ni même en moi. Surtout pas moi. Sachez que, parfois, même le plus proche cœur peut détruire celui qu'il a tant aimé.

 

Du Château de... ce 20 avril 17**

 

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