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Publié par Elodie - Marion D.

 

Groupement de textes :

 

L'Italie, berceau de l'humanisme européen


http://www.memo.fr/Media/Carte_Humanisme_Renaissance.gif

L'Humanisme et la Renaissance en Europe 
Carte Alain Houot


NICOLAS MACHIAVEL
Le Prince (1513)

« Chacun entend assez qu'il est fort louable à un prince de tenir sa parole et de vivre en intégrité, sans ruse ni tromperie. Néanmoins, on voit par expérience que les princes qui, de notre temps, ont fait de grandes choses n'ont pas tenu grand compte de leur parole, qu'ils ont su par ruse circonvenir l'esprit des hommes, et qu'à la fin ils ont surpassé ceux qui se sont fondés sur la loyauté... »

 

 

 

 


1)Présentation :


Le texte que nous allons étudier a été écrit par  Machiavel. Il est  tiré du Prince, ouvrage écrit en 1513. Nous allons tout d’abord vous présenter Machiavel puis  Le Prince    puis le chapitre 18 dont est extrait le texte analysé aujourd’hui.

Nous allons vous présenter tout d’abord Machiavel. Il est né en 1469 et mort en 1527. Dans sa vie, Nicolas Machiavel fut d'abord secrétaire de la République de Florence après l'éviction temporaire des Médicis. Machiavel était un diplomate habile, chargé de missions auprès des cours européennes à une époque où l'Italie était divisée à causes de ses nombreuses guerres et de ses conquêtes. Enfin vers 1512 après le retour des Médicis, il est écarté des fonctions publiques. Il écrit alors Le Prince en 1513 pour tenter de ne pas se faire oublier.

Nous allons maintenant vous parler du Prince. Le Prince est une œuvre posthume qui a été éditée en 1532. Cet ouvrage a été dédié au duc de Médicis. Il analyse la manière dont un prince peut conquérir le pouvoir, assurer la puissance et la permanence de l'Etat (tout d’abord italien). Cette œuvre fut beaucoup contestée car on lui reprochait son immoralité. Le Prince est à l'origine de la pensée politique moderne.

Nous avons voulu vous situer le chapitre 18 dans l’ouvrage donc nous allons  vous faire un petit topo. Dans le premier chapitre, les différents États sont classés selon deux grands types : les républiques et les monarchies, ces dernières étant soit héréditaires, soit nouvelles. À cette occasion, l'essai évoque les évènements récents qui agitent l'Italie au Quattrocento, notamment les agissements de César Borgia pour s'installer en Romagne et les intrigues des Sforza dans le Milanais visant à évincer les Visconti. Dans les chapitres II à XI, l'auteur étudie les différents moyens de les conquérir et de les conserver. Dans les chapitres XII à XIV, les questions militaires sont abordées, Machiavel se prononce notamment en faveur d'une conscription nationale au détriment de l'usage de mercenaires toujours susceptibles de causer plus de torts que de bien pour le prince.

Le texte que nous allons étudier est tiré du chapitre 18, intitulé « Comment les princes doivent garder leur foi » mais le manuel utilisé a choisi le titre « Comment les Princes doivent tenir leur parole ». Peut-être pour mieux faire comprendre le thème du texte, parce que foi n’a plus le même sens pour nous aujourd’hui. A  noter que le chapitre n’est pas très long mais que le texte en fait la moitié.

 

 

2)Lecture du texte

 

3)Introduction


Le thème général du texte est dans quelle mesure un prince doit tenir sa parole pour être efficace et bien gouverner.

Le texte est construit en trois parties: tout d’abord une première partie qui concerne la manipulation des princes à l’égard des autres, puis  une deuxième partie qui compare les princes aux bêtes, et enfin une dernière partie qui justifie que certains princes ne puissent pas respecter pas leur parole . 

Dans une première grande partie,  nous verrons le fossé entre l’idéal et la réalité, en ce qui concerne les « bons » princes. Ensuite, nous verrons le portrait que fait Machiavel d’un bon prince dans le sens d’efficace . Et enfin, nous verrons comment Machiavel arrive à convaincre le lecteur que ne pas tenir sa parole est justifié pour un prince puis son art de  persuader  en général.

 

La question qui nous intéressera à travers cet extrait est de savoir dans quelle mesure les Princes doivent respecter leurs paroles.

 

4) Examen méthodique

 

I) Fossé entre l’idéal et réalité

 

a) Dans l’idéal

 

Tout d’abord, on peut observer  dans la première phrase  : « chacun entend assez qu’il est fort louable à un prince de tenir sa parole et de vivre en intégrité, sans ruses ni tromperies (ligne 1 à 2)», on remarque que les princes qui se comportent bien, qui sont honnêtes, vertueux sont admirables, on reconnaît leur mérite. Sauf qu’on sait  par expérience que  vouloir à tout prix tenir sa parole ce n’est pas réaliste. Les princes de l’époque de Machiavel («  de notre temps ») qui ont été loyaux jusqu’au bout se sont fait avoir par ceux qui n’ont pas respecté leurs promesses. « Ils ont été surpassés », dit Machiavel. Cela prouve que l’idéal c’est bien noble mais ce n’est pas facile dans la pratique. Machiavel ne parle pas d’un monde utopique mais du monde réel  dans lequel vivent les princes.

 

 b) Dans la réalité

 

Dans la réalité, les princes ne se comportent pas toujours correctement mais ceux qui ne tiennent pas leur parole, qui trompent les autres («qui ont su par ruse circonvenir l’esprit des hommes ») se sont distingués d’après Machiavel (« ils ont faits de grandes choses »).

Le titre « Comment les Princes doivent tenir leur parole » semble être une antiphrase et dans ce cas le ton de Machiavel serait ironique et donc dénonciateur. Mais on peut demander si ici « comment » ne signifie pas « dans quelle mesure ».

En fait les princes doivent parfois rompre leur parole pour d’adapter aux circonstances : si une promesse a été faite il y a des années et si la situation a changé entre temps pourquoi faudrait-il absolument qu’un prince tienne sa parole alors que cela risque de causer des problèmes à lui et à son pays. («Partant, un seigneur avisé ne peut tenir sa parole quand cela se retournerait contre lui et quand les causes qui l’on conduit à promettre ont disparu »)

Autre idée qui fait qu’un prince peut être amené à ne pas respecter sa parole c’est que sur la terre tous les hommes ne sont pas honnêtes donc pourquoi tenir sa parole alors que les autres ne l’ont pas fait, ne le font pas dans le présent ou ne le feront pas. (« D’autant que si les hommes étaient tous des gens bien, mon précepte serait nul, mais ils sont méchants et qu’ils ne tiendraient pas parole, etiam tu n’as pas à la tenir toi-même. ») Vous remarquerez qu’ici Machiavel termine par « tu », peut être pour ici installer une complicité avec le lecteur, il a l’air de s’adresser directement aux lecteurs en général, cela peut être le duc, un prince de l’époque, un prince des autres époques, ou nous.

 Les Princes sont présentés comme des personnes manipulatrices, prêtes à tout pour arriver à leur fin, Aussi,  d’après Machiavel à cette époque les princes peuvent tromper les esprits quand il dit « circonvenir les esprits », donc Machiavel dit que les Princes sont capables de manœuvrer quelqu'un par la ruse pour obtenir quelque chose.



II) Le portrait d’un prince lucide et  efficace selon Machiavel


Nous allons vous présenter notre deuxième grande partie. Un prince doit gouverner de deux façons différentes mais ces deux façons sont complémentaires. A remarquer que Machiavel utilise le  mot « combattre » donc cela suppose que pour diriger un Etat il faut lutter.


a) Un prince doit  tout d’abord se comporter en homme :

 

Un prince  c’est un homme donc il va se comporter en homme. Mais Machiavel dit que se comporter en homme c’est utiliser les lois (ligne 6). C’est la première qualité qu’un prince doit avoir, développer. C’est se comporter en être civilisé.

Malheureusement ce n’est pas toujours suffisant  (« bien souvent ne suffit pas »), vous pouvez voir le champ lexical de la nécessité « il faut », « il est nécessaire ». Donc face à la réalité,  le prince va être obligé de se comporter autrement, c’est-à-dire  en bête.

On peut donc dire que Machiavel dit ce n’est pas la faute du prince il est obligé.


b )Un prince doit aussi se comporter en bête


En fait les lois sont loin suffisantes car tout le monde ne le respectent pas, du coup il va falloir utiliser la force et donc se comporter en bête.

Selon Machiavel, les bêtes symbolisent la force.(ligne(5/6)et certaine bêtes sont plus fortes que d’autres. Si le Prince doit utiliser la bête qui est en lui,  il doit choisir le renard et le lion, et pas seulement le renard ou le lion car il faut être lion pour se débarrasser des ennemis par la force, et renard pour éviter les pièges par la ruse, comme on peut le voir ligne 16 à 18.

Il recourt à une comparaison, une image, une symbolique animale très simple : le « lion », symbolise « la force » qui permet « de se défendre des loups », le renard symbolise «  la ruse » qui permet de « connaître les pièges ». Les parallélismes de construction des l17 à 20 insistent sur l’union nécessaire entre ces deux aspects.


c) Nécessité, avantages d’être les deux, de marier homme et bête  justifié par la mythologie

Dans son texte, Machiavel pour justifier son point de vue sur la façon de gouverner, il  se réfère aux textes anciens et plus particulièrement à l’Antiquité grecque notamment à l’histoire d’Achille. (Ligne 10/13.

Il faut savoir qu’Achille était un héros légendaire de la guerre de Troie.

Il y a une légende  qui raconte que la mère d’Achille,  qui se nomme   Thétis, le plonge dans le Styx, l'un des fleuves des Enfers, pour qu'il devienne invulnérable ; le talon  par lequel Thétis tient Achille n'est pas trempé dans le fleuve et donc reste mortel. Achille est éduqué par le centaure Chiron qui  lui apprend les exercices qui conviennent à un jeune prince. Chiron  lui enseigne les arts de la guerre, la musique et la médecine.  (Nous allons raconter la suite de la vie d’Achille mais juste pour que vous sachiez qui c’était : Alors qu'il est encore adolescent, il choisit une vie courte, mais glorieuse, plutôt qu'une existence longue mais sans éclat. Caché par sa mère, qui veut l'empêcher de participer à la guerre de Troie, à la cour du roi Lycomède, le jeune homme est découvert par Ulysse et rejoint, avec son ami Patrocle, l'expédition grecque. Lors de la dixième année du conflit, une querelle avec Agamemnon le pousse à quitter le combat : c'est la « colère d'Achille » chantée par l'Iliade. Achille est honoré comme un héros, voire comme un dieu par le monde grec. Beau, valeureux, champion d'une morale orgueilleuse de l'honneur, il incarne « l'idéal moral du parfait chevalier homérique ».)

Donc Achille a été instruit par une créature mi-homme, mi- cheval donc mi-homme mi- bête. Or, Achille était un grand homme, il est connu de tous, et c’est même un demi-dieu. Ici, l'idée est que Machiavel associe les Princes à des êtres supérieurs, ou en tout cas ce qui a marché  pour quelqu’un d’aussi exceptionnel ne peut que peut fonctionner pour des êtres moins extraordinaires. C’est un modèle pour les Princes. 

 

III) Art de la manipulation chez les princes mais aussi chez Machiavel


a) Les princes sont des manipulateurs


A partir de la ligne 23, Machiavel décrit la manipulation chez les princes et comment ceux-ci peuvent la faire passer.

Machiavel dit que les princes ont beaucoup d’excuse pour justifier leur manque de parole. D’ailleurs Machiavel insiste sur cette idée de quantité « n’a manqué d’excuse légitime », « on pourrait en alléguer d’infinis exemples du temps présent », « combien de paix », « combien de promesses », il y  a une répétition de « combien de » qui insiste sur cette idée.

 Machiavel dit « qu’il faut colorer », c’est répétés é fois « colorés »c’est-à-dire essayer d’être grand simulateur et dissimulateur. Donc faire semblant et cacher et même donc mentir.

Attention, il faut pas oublier le principe de l’arroseur arrosé  qui est  citée à partir de la ligne 30, ça ressemble à un proverbe.

Machiavel recommande pour les princes l’art de la séduction mais lui aussi utilise cet art dans ce texte. Finalement ce que Machiavel dit des Princes c’est valable pour lui aussi, tous comme les princes ils essayent de nous manipuler. Attention manipuler n’est pas forcément négatif, péjoratif car il essaye de nous inciter à comprendre et à accepter  son point de vue.

 

b)Machiavel est aussi un manipulateur


Comment Machiavel arrive t-il à nous persuader, que ce n’est pas mal de ne tenir pas sa parole pour un Prince ?

A travers son texte, Machiavel donne des arguments pour justifier son point de vue et  nous toucher, comme nous l’avons vu dans les parties précédentes.

Son raisonnement est très logique. Il se présente même comme un syllogisme (= raisonnement en trois étapes qui est à la base de la logique).Exemple : 1^{ère} étape : la définition générale de l’opposition entre les « deux façon de combattre », la première, « les lois » étant définie comme « propre à l’homme », la deuxième, « la force » comme propre « aux bêtes ». Dans ce premier temps, on a l’impression d’une dévalorisation de la « force », l’animal étant considéré comme inférieur à l’homme. On est dans le cadre habituel de la pensée chrétienne et humaniste. Troisième et dernier temps, sa conséquence logique, introduite par « aussi » : en ce qui concerne le prince, il n’y a plus opposition entre « lois » et  « force » mais réunion, ce qui est mis en valeur par l’image : « user de la bête et de l’homme ». Le texte précise néanmoins que le prince doit savoir « bien user » de ces deux types de pouvoir, ce qui justifie évidemment  l’enseignement donné par Machiavel.

Autre force du texte de Machiavel : le bestiaire est emprunté à la culture antique et populaire. Tout comme dans les fables de la fontaine : le bestiaire  permet de rendre d’emblée la pensée plus frappante, plus persuasive, mais insiste aussi sur son universalité, puisqu’elle paraît à la base de la culture populaire depuis l’antiquité.


5) Conclusion : machiavelisme devenu péjoratif


En conclusion, ce texte et l’ouvrage en général est une sorte de guide, de mode d’emploi dans le domaine politique, pour le Prince italien à qui c’est dédiée. Aussi, on peut penser que cela pouvait servir à d’autres Princes à l’époque. Par la suite, beaucoup de politiciens ont étudiés Le Prince  et cela leur a donné des idées sur les fonctions de la politique, c’est toujours valable de nos jours.

Machiavel a donné le nom commun machiavélique, qui a aujourd’hui un sens péjoratif et un sens  qui n’est pas limité au domaine politique. C’est selon la politique de Machiavel qu’on a dit qu’une personne est machiavélique ou ne l’est pas. D’ailleurs c’était un anachronisme de dire qu’un prince était machiavélique à l’époque (cela est un anachronisme car cela n’existait pas à l’époque), on a dit que la façon dont écrivait Machiavel était machiavélique

Par exemple, le donjuan crée par la pièce de Molière au 17éme siècle c’est comme donjuan et donjuanisme, c'est-à-dire dans la quête de Molière, il veut accumuler les conquêtes, on est passé d’un personnage à un nom commun comme avec Machiavel. 

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/31/Machiavel_Offices_Florence.jpgStatue de Machiavel par Lorenzo Bartolini

Piazzale des Offices, Florence


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