Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Louis - Olivia - Nicolas

 

Groupement de textes :

 

L'Italie, berceau de l'humanisme européen

 

 

 
DU BELLAY
 
Songe ou vision sur le même sujet (1558)
 
Une louve je vis sous l'antre d'un rocher
Allaitant deux bessons : je vis à sa mamelle
Mignardement jouer cette couple jumelle,
Et d'un col allongé la louve les lécher.

Je la vis hors de là sa pâture chercher,
Et courant par les champs, d'une fureur nouvelle
Ensanglanter la dent et la patte cruelle
Sur les menus troupeaux pour sa soif étancher.

Je vis mille veneurs descendre des montagnes
Qui bornent d'un côté les lombardes campagnes,
Et vis de cent épieux lui donner dans le flanc.

Je la vis de son long sur la plaine étendue,
Poussant mille sanglots, se vautrer en son sang,
Et dessus un vieux tronc la dépouille pendue.
 
 
 

 

Joachim du Bellay est né au château de La Turmelière, en région parisienne en 1522. Issu d'une famille aisée, il devient orphelin dès l'âge de 10 ans. Mis sous la tutelle de son frère ainé, il est totalement négligé par celui-ci.  Si l’on en croit les propres affirmations de Joachim du Bellay, il eut une enfance triste et solitaire. Il devint un adolescent fragile qui trouve un peu de réconfort sur les bords de la Loire, région connue pour son architecture humaniste.

 

Il envisage donc de s'engager dans l'armée avec son cousin Guillaume du Bellay. Mais à la mort de celui-ci, il se tourne vers l'Eglise pour se préparer à servir le cardinal. Sa rencontre avec Ronsard va changer sa vie. Il apprit le latin, le grec, découvrit des poètes italiens et étudia des auteurs de l'Antiquité. Ils formèrent alors un groupe d'amis qui prendra le nom en 1549 de « Brigade » avant d'adopter de 1553 celui de la « Pléiade ». Ce groupe souhaitait définir de nouvelles règles poétiques.

 

            Du Bellay rédige un manifeste intitulé Défense et Illustration de la langue française. Le poète préconise par exemple l'usage de la langue Française en poésie, l'enrichissement du vocabulaire par la création de thèmes nouveaux (création de mots composés etc.), d’abandonner les formes poétiques médiévales et préconise l’imitation des genres utilisés dans l’Antiquité, tels que le sonnet, la comédie et la tragédie. L’art du poète, tel que le définissent les poètes de la Pléiade consiste donc à se consacrer à l’imitation des Anciens, tout en respectant certaines règles de versification française.

 

            La même année Du Bellay publie un recueil d’une cinquantaine de sonnets, L'Olive. Ils connurent un grand succès. Il écrira également en 1549 un recueil de poésie dédié à la princesse Marguerite de France. Et en 1550 il publiera une deuxième édition de «L'Olive» avec 65 sonnets en plus.

 

Trois ans plus tard, Du Bellay quitte la France pour accompagner le Cardinal Jean du Bellay à Rome. Il attendait avec impatience de découvrir Rome et la culture antique. Mais ce fut une déception, Du Bellay vécut une vie d'ennui loin de la liberté qu'il espérait. Il écrira alors Les Regrets, où il critique la vie romaine et son envie de rejoindre sa ville natale ou encore sa vision de Rome exprimé dans Les antiquités de Rome. Il meurt le 1er janvier 1560 d'une apoplexie (équivalent de l’AVC).

 

            Songe ou vision a été écrit par Joachim Du Bellay, le fondateur de la pléiade ; un mouvement littéraire du 16ème siècle. Ce poème fait parti d'un recueil de 15 sonnets et a été écrit à la suite des Antiquités de Rome. Songe et vision est bâti sur le verbe « je vis » et se déroule comme le compte rendu d'un rêve.

            Comment, et par quel moyen, Du Bellay nous conte-t-il l'histoire de Rome ?

 

Nous répondrons à cette question en trois points : L'histoire de la Louve, l'histoire de l'Empire Romain à travers celle de la louve et les procédés littéraires utilisés par le poète.

 

 

            Au premier abord, on pourrait penser que ce poème raconte l’histoire de Remus et Romulus ainsi que celle de la Louve. En effet, dans un ordre chronologique, Du Bellay raconte la vie de l’animal de ses débuts à sa mort. Dans la première strophe, il y décrit une louve allaitant deux jumeaux ; que sont Remus et Romulus ; ce qui correspond au début du récit aux fondateurs de Rome. Le poète écrit également qu’il voit la bête nourrissant les enfants en allant chasser dans les campagnes alentours.  Du Bellay représente ensuite sa mort causée par des chasseurs venant d’ailleurs et qui lui infligeront cents coups de couteaux dans le corps. Cette histoire de la Louve raconte en fait, indirectement, celle de l’Empire Romain antique.

 

En effet, tout au long du poème, Du Bellay emploie une métaphore entre l’histoire de Rome et celle de l’animal. Le deuxième quatrain peut être interprété comme les débuts de l’Empire ; « hors de sa pâture (…) par les champs » pouvant ramener aux campagnes, aux territoires entourant Rome. Le poète illustre la nouvelle soif de pouvoir, de conquête, de la ville à travers les vers 6,7 et 8. « D’une fureur nouvelle / Ensanglanter la dent et la patte cruelle / Sur les menus troupeaux pour sa soif étancher. » Il conte là les premières batailles de l’Empire face aux faibles villages qui eurent lieu pour assoupir leur soif de pouvoir. Les deux dernières strophes décrivent la chute de Rome, de la menace à sa destruction. Du Bellay compare les barbares (terme général désignant tout ennemi de Rome et non un peuple en particulier) à des chasseurs venant ici pour tuer leur proie. On pourrait même interpréter le fait qu’il y ait « cent épieux » comme la bataille pour sauver Rome. Le chiffre, assez conséquent, représente le nombre d’hommes sur le champ de bataille. Enfin le dernier tercet montre les suites de cette bataille. Les pleurs des Romains représentés ici par les sanglots de la Louve, le massacre des survivants montré avec la fin du vers 13 « se vautrer en son sang » et l’achèvement grâce à une énième métaphore en comparant cette fois-ci les morts Romains à la dépouille d’un vieil arbre.

 

 

Parlons maintenant de la forme « littéraire » du texte. Ce poème est un véritable sonnet : deux quatrains suivis de deux tercets, écrits en alexandrins et formés successivement de rimes embrassées puis de rimes croisées. Le titre Songe ou Vision peut porter à réflexion. Il pourrait montrer que le poète songe à l’histoire de la Louve avec une vision différente de l’habituelle ; celle de l’Empire Romain à travers celle de la Louve. L’anaphore de l’expression «  Je vis » rappelle le fait que tout ce texte n’est que le compte rendu d’un rêve. On peut également remarquer les rimes des deux premiers quatrains, racontant les débuts de la Louve et de l’Empire Romain, sont plutôt légères : le son « é » et le son « elle ». Ce qui pourrait représenter les excellents débuts, les premières conquêtes de Rome. On note ensuite que les rimes des deux dernières strophes, celles relatant de la mort de la Louve et de la destruction de Rome, sont plus lourdes ; les sons « agnes », « an » et « u ». Ce qui montrerait la fin de l’Empire et les évènements négatifs qui en découlent. La gradation des vers 13 et 14 où Du Bellay parle d’abord de tristesse (« sanglots ») puis de blessure (« sang ») et enfin de mort (« dépouille pendue ») pourrait décrire le déroulement de l’invasion de la ville de Rome. Enfin la chute du poème «  Je la vis de son long sur la plaine étendue (…) se vautrer en son sang et dessus un vieux tronc la dépouille pendue. » peut faire penser à celle de Le dormeur du Val de Rimbaud ; cette personne que l’on croit se reposer alors qu’en fait elle est décédée est utilisée de la même façon dans les deux poèmes. Cependant cette ressemblance n’est que fictive car le poème de Rimbaud a été écrit près de 300 ans plus tard.

 

 

Ce sonnet raconte, dans un ordre chronologique, l'histoire de la Louve et de Remus et Romulus. Cependant il conte, à travers cette légende, l'histoire de l'Empire Romain. Du Bellay emploie donc une métaphore tout le long du poème. Le poète raconte toute l'histoire de l'Empire ; de ses premières conquêtes à sa destruction. Il utilise de nombreux procédés littéraires tels l'anaphore ou la gradation. Il joue également sur le titre, les rimes ou la chute finale.

            Du Bellay conte donc l'histoire de Rome, et de son Empire, grâce à différents procédés littéraires de la métaphore à la gradation en passant par exemple par les « jeux » de rimes.

 

 

 

 

http://img.over-blog.com/600x450/2/25/27/63/FETE-DE-LA-CREATIVITE-A-LIVORNO/Dimanche-15-mars-Pise/P3150092.jpgPhoto i-voix

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

dubois-geoffroy 07/11/2012 19:32


monsieur la turmelière n'a jamais été dans la région parisienne mais entre Nantes et Angers