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Publié par Fabio

Résumé: Le roman butorien se présente comme un vaste récit autobiographique. Mais ce qui frappe dès le début c'est la permanente alternance des temps verbaux : le présent (temps de l'action principale), le passé (temps des souvenirs du personnage) et le futur (temps de ses projets). De même, l'utilisation de cette deuxième personne du pluriel, de ce "vous" prête à des confusions. Renvoi-t-il à la voix narrative, au narrataire interpellé ou au personnage?

 

Cristina Loredana BLOJU Université de Pitesti

La Modification

 

Vous avez mis le pied gauche sur la rainure du cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de poursuivre un peu plus le panneau coulissant.

Vous vous introduisez par l’étroite ouverture en vous frottant contre ses bords, puis, votre valise couverte de granuleux cuire sombre couleur d’épaisse bouteille, votre valise assez petite d’homme habitué aux longs voyages, vous l’arrachez par sa poignée collante, avec vos doigts qui se sont échauffes, si peu lourde qu’elle soit, de l’avoir porté jusqu’ici, vous la soulevez et vous sentez vos muscles et vos tendons se dessiner non seulement vos phalanges, votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toutes la moitié de votre dos et dans vos vertèbres depuis votre cou jusqu’au reins.

Non, ce n’est pas seulement l’heure, à peine matinale, qui est responsable de cette faiblesse inhabituelle, c‘est déjà l’âge qui cherche à vous convaincre de sa domination sur votre corps, et pourtant, vous venez seulement d’atteindre les quarante-cinq ans.

Vos yeux sont mal ouverts, comme voiles de fume léger, vos paupières sensibles et mal lubrifiés, vos tempes crispes, à la peau tendue et comme raidie en plis minces, vos cheveux qui se clairsèment et grisonnent, insensiblement pour autrui mais non pour vous, pour Henriette et pour Cécile, ni même pour les enfants désormais, sont un peu hérissés et tout votre corps à l’intérieur de vos habits qui le gênent, le serrent et lui pèsent, est comme baigné dans son réveil imparfait, d’une eau agitée et gazeuse pleine d’animalcules en suspension.

Si vous êtes entré dans ce compartiment, c’est que le coin couloir face à votre marche est libre, cette place que vous auriez fait demander par Marnal comme d’habitude s’il avait fait encore temps à retenir, mais non que vous auriez demandé vous–même par le téléphone, car il ne fallait pas que quelqu’un sût chez Scabelli que c’était vers Rome que vous vous échappiez pour quelques jours

 

."

 

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