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Publié par Fiona

__Aujourd'hui j'ai 77 ans. Nous sommes au coeur de l'automne 2069. J'attends que le téléphone sonne. Il est 10h28 et je n'ai pas changé. Seul mon corps a été marqué par le temps. Mon visage a pri les rides de mes expressions : de mes froncements de sourcils je garde un trait vertical très marqué entre les deux sourcils, de mes sourires je garde des traits partant de l'aile du nez au coin des lèvres et des rides en éventail au coin des yeux ; de mes surprises je garde des vagues très marquées sur le front.


Mon dos s'est vouté, je n'ai plus la même démarche du tout, ou alors elle est comme abîmée, usée par toutes ces années à marcher et à porter des secrets sur mon dos.


Mes yeux se sont enfoncés et des plis de fatigue demeurent chaque jour depuis plusieurs années au dessus de mes pommettes. Seul leur couleur n'a pas changé, un marron foncé, cerclé d'un épais trait noir.


Quant à mes mains, ce sont elles qui ont subit le plus les aléas du temps qui passe, déjà plissées aux articulations lorsque j'étais jeune et marquées par des centaines de micro-lignes de la main, aujourd'hui c'est toutes mes mains qui sont plissées.

Mes ongles sont toujours courts, ils l'ont toujours été, ce qui montre ma tendance à ne pas aimer les ongles trop longs, ou les ongles qui se tordent, ou qui en heurtant quelque chose, font un bruit des plus désagréable.


Mes cheveux se font rares sur le haut du front, ils forment un V, héritage familial. J'ai les cheveux mi-longs d'une couleur que je n'aime pas du tout, un gris terne parsemé de mèches de cheveux blanc abîmés. J'essaie tant bien que mal de les arranger, mais ils sont incontrôlables.

Je les attache souvent, comme pour revenir des années plus tôt, je les ai laissé pousser. De la couleur singulière que j'arborais il y a bien des années, il ne me reste rien, sinon qu'un souvenir, des photos et quelques vidéos. J'avais les cheveux d'un roux clair, presque blond vénitien lorsque j'étais jeune, cette couleur a bien sûr foncé avec le temps.

Ma fille a hérité de cette couleur, presque la même. Je ne pensais pas qu'elle hériterait de ma couleur, on m'avait dit que ça sautait des générations, ou encore que c'était un gène qui nécessitait plusieurs contraintes pour qu'il s'exprime, et c'est donc comme ça qu'on expliquait le fait qu'il y ait si peu de personnes rousses.

Je me vois en elle, c'est mon reflet dans le miroir, 27 ans avant. Je ne lui ai jamais dis, elle a du le deviner bien sûr. J'ai envie de lui parler, pour une fois lui parler de moi, pour qu'elle parle de moi à ses enfants ensuite, comme pour lui transmettre un héritage s'il n'est pas trop tard, je n'ai jamais pris le temps de le faire. Pourtant je sais que si je le fais, je serais libérée et elle pourra ainsi se sentir plus "enracinée" dans notre histoire familiale, construire mieux peut-être la deuxième moitié de sa vie.


Le téléphone sonne.


Elle n'a pas oublié mon anniversaire, ce soir nous irons au restaurant avec le reste de la famille. J'étais tellement émue que je n'ai pas oser lui parler VRAIMENT.

Je continue donc à écrire.

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