Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par Lucie et Zoé

Le 11 octobre dernier nous nous sommes rendu à l'exposition « Tous des sauvages ! ». Celle-ci était organisée de sorte à ce qu'au fil de la visite nous traversions différentes salles. Dans cet article nous allons vous parler de la salle numéro 7 « L'autre, un animal ? ».


photo expo daoulas

Cette salle nous amène à réfléchir sur la place qui a été donnée à la science dans la recherche d’une explication pouvant être donnée aux différences (principalement physiques) existant entre les « sauvages » qui étaient ramenés des diverses explorations aux quatre coins du monde et les occidentaux, mais qui a aussi et surtout été utilisée pour justifier et amplifier l’ethnocentrisme notamment avec le début de l'anthropologie physique. Les spécimens humains étaient étudiés de manière scientifique, en procédant tout d’abord par comparaison. Ces hommes étaient comparés à des primates, à des singes. Ces études comparatives, qui apparaissent à l’époque du Darwinisme, amènent les scientifiques à penser que l’homme noir est peut-être le chainon manquant entre l’homme blanc et le singe, et ce du fait des similitudes observées entre ce dernier et l’homme noir. Ce travail de comparaison va mener plus tard, au 18ème siècle, à la classification des espèces, notamment avec l’œuvre du médecin et botaniste Carl Von Linné, Systema Naturae, qui classe les espèces alors connues de la plus simple à la plus évoluée, sachant que bien entendu, l’homme blanc est au plus haut degré de l’évolution.


photo expo daoulas 2

 

Dans une deuxième partie de la salle, on découvre une machine impressionnante ressemblant beaucoup à un instrument de torture. On apprend que cette machine servait en fait à mesurer le crâne des spécimens humains ramenés des explorations ou des colonies. Les scientifiques effectuaient ces mesures car ils pensaient que, selon les principes de l’anthropologie physique du 18ème siècle, l’anatomie avait un lien très étroit avec l’évolution et l’intelligence. En plus de cet instrument, le céphalomètre, on utilisait des nuanciers de couleur de peau, de cheveux, d’yeux, toujours dans l’idée de prouver «  scientifiquement » que l’homme noir était primitif et inférieur à l’homme blanc.


céphalomètre

Céphalomètre du 18ème siècle 

 

On peut ensuite regarder un extrait du film Vénus noire d’Abdellatif Kechiche, film qui relate l’histoire de Sarah Baartman, surnommée la « Vénus hottentote », dont la vie marquera le passage de la pure exhibition des « monstres », des « sauvages », à l’étude scientifique, car cette femme passera en effet par ces deux épreuves. Cette femme avait été ramenée d’Afrique du Sud, de la tribu des hottentotes (d’où son surnom), tribu où les femmes avaient la particularité d’avoir une morphologie hors du commun caractérisée par une hypertrophie des hanches et des fesses, et des organes génitaux protubérants. Elle fut d’abord exhibée en public comme un phénomène de foire lorsqu’elle arriva en Angleterre puis en France par le montreur d'animaux exotiques Réaux qui faisait payer 3 francs pour la voir et plus pour la toucher. Elle devient par la suite objet sexuel (prostitution, soirées privées). Elle fut aussi analysée scientifiquement, comme nous le montre l’extrait du film où l’on voit Sarah Baartman quasi-nue entourée de scientifiques s’appliquant à mesurer ses seins, son visage, ses fesses, … Elle tomba dans l’alcoolisme et mourut en 1815. Après sa mort, elle fut disséquée, et on conserva ses parties génitales, son cerveau, son squelette … Ses restes ne furent rendus à la tribu Khoïkhoï d’Afrique du Sud (dont elle était originaire), qui avait fait appel à Nelson Mandela pour bénéficier d’une vraie sépulture pour elle depuis 1994 (à la fin de l’apartheid), qu’en 2002, après le vote d’une loi spéciale. En effet, la demande s’était heurtée à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l'État et de la science.

vénus hottentoteDessin de la Vénus Hottentote

 

Les conséquences de cette notion de racialité des espèces humaines, de la notion même de race humaine va mener à la Seconde Guerre Mondiale, aux déportations de masse des Juifs ou des Tziganes comme on peut le comprendre grâce à la dernière partie de la salle. En effet, ce génocide est le résultat d’une infériorisation des espèces humaines, infériorisation qui est elle-même le fruit de nombreuses années de classification et de comparaison et qui amènent à la stigmatisation. Ce sont des thèses comme celle du scientifique français Gobineau qui vont inspirer les thèses nazies et vont engendrer la Shoah. Dans le court film de propagande français de la Seconde Guerre Mondiale qui nous est présenté, on voit comment les Juifs étaient stigmatisés, caricaturés et présentés comme les ennemis du peuple, les responsables de la défaite de 1940 et de tout ce qui n’allait pas en France en général. Cette stigmatisation fut concentrée lors de l’exposition raciste et antisémite « Le Juif et la France » qui eut lieu entre 1941 et 1942 et qui est le sujet de la vidéo diffusée dans la salle.  

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Lucie 07/11/2013 21:09


MErci beaucoup ! 

MLB 05/11/2013 07:55


Tout à fait d'accord avec Clémentine !

Clémentine 04/11/2013 11:30


Bon arcticle, très instructif. Je me coucherais moins bête ce soir !