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Publié par Margaux.S

chanson du demi-démiurge

 

Le premier jour sans doute

j'ai crée la mer

Le soir de ce jour

j'ai inventé la poésie

sans quoi la mer perd de son sel

 

Un autre jour

j'ai pétri une espèce d'homme

Le soir de cet autre jour

j'ai façonné la femme

sans quoi l'homme perd de son temps

 

Un énième jour

j'ai parié sur l'immortalité du soleil

Le soir de cet énième jour

j'ai revu mon pronostic à la baisse

sans quoi le temps paraîtrait long

 

Un nouveau jour

j'ai rendu le monde habitable

Le soir de ce nouveau jour

j'ai offert aux locataires toutes les clés

sans lesquelles la terre était vaine

 

Le dernier jour

je ferai l'état des lieux

Le soir de ce dernier jour

je rendrai ma casquette au patron

sans lui confier mon désespoir

 

J'ai trouvé ce poème magnifique car il est écrit très subtilement.

        Tout d'abord, ce texte révèle du registre humoristique car il y a un décalage entre les époques. En effet, on a l'impression que c'est un passage de la Bible, lorsque Dieu créa le monde, mais de nombreuses expressions sont modernisées, telles que " sans doute", "une espèce d'homme", "façonné la femme, "parié", "pronostic", "locataire" et "patron". De là naît un décalage très intéressant. 

         De plus, ce poème donne un impression de paisibilité grâce au champ lexical de la douceur avec les mots "poésie", "soir", "mer", "femme" ou encore "soleil". Ainsi, le poème nous emporte, nous berce jusqu'à la chute brutale au dernier vers "sans lui confier mon désespoir". Bien que ces mots ne soient pas choquants, ils provoquent un sentiment d'étonnement, de retour à la vie réelle. On passe du berceau de l'enfance à la dureté de l'âge adulte, auquel nous sommes capables de comprendre que le monde s'est trompé de chemin, qu'il se dégrade et perd de sa naturelle beauté.

On retrouve d'ailleurs le champ lexical du pessimisme avec "soir", "perd",  "pétri", "façonné","baisse", "long", "vaine", "dernier" et "désespoir".

       Je trouve donc ce poème particulièrement réussi car la façon dont il est écrit nous oblige à réfléchir, et à reconnaître que le monde est en déroute.

 

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