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Publié par Julia


Cela a commencé ainsi : je suis née le 29 septembre 1992, à B., fille d’adultère. Je ne sais pas vraiment ce qu’il est recommandé de dire lorsque l’on souhaite se raconter sans franchir les limites de notre propre vie privée et tomber dans l’exhibitionnisme. Doit-on laisser aller les mots, les points et les espaces et tout laisser se répandre sur la feuille ? Oui, la logorrhée pourrait être la chose la plus appropriée. Seulement parler de soi n’a rien de simple, ni d’ « approprié ». J’ai souvent entendu « On nait, on vit, on meurt ». Voilà le résumé de l’existence de chaque être humain. On marche sur le fil de la vie, tel le funambule alcoolique afin d’atteindre tant bien que mal l’autre côté. Et tout repose sur cette interrogation « Que va-t-il se passer avant d'arriver au dénouement commun à tout être vivant ? ». Bien sûr, certains affirmeront qu’ils  auront mieux réussi leur vie que d’autres. Mais à quoi bon ? Puisqu’au final, même si quelques uns d’entre nous partiront moins sereins que les autres, nous finironts tous aussi morts et vides de sentiments. Quoi que j’en dise, je n’ai pas la prétention de croire que je suis mieux qu’eux. J’existe. Je pleure, je mange, j’oublie, je pisse et je dors tout comme eux. Et si, comme je l’ai dit précédemment, je mourais moi aussi, vieille ou pas, triste ou pas, belle ou pas, je suis bien décidée à marquer l’histoire avant. Avant, afin que personne n’oublie que la vie n’est autre qu’une succession d’actions servant toutes, plus ou moins, à montrer aux autres que nous sommes autant qu’eux.

C’est fou comme ce que l’on a passé tant d’années à vous raconter encore et encore finit par s’inscrire en vous comme de réels souvenirs. Elle, de passage  à B. afin de ramener un peu d’argent dans son village. Lui, je ne sais pas. Peut-être l’un de ses employeurs. Qu’importe ? Difficile d’imaginer le malaise qu’Elle a pu ressentir en apprenant – ou devrais-je dire en m’apprenant ? Sans doute la peur tout d’abord.  Ensuite la honte. Puis des larmes ont peut-être jailli de ses yeux sombres, sans pouvoir assécher la solitude qui l’emplissait. Peut-être… ou pas. L’adultère étant quelque chose de compliqué à justifier là-bas, surtout lorsque l’on est une femme,  il aurait été mal venu qu’un nouveau-né dans les bras, elle revienne et feigne d’avoir été victime d’une intervention divine. Je ne peux la juger, et d’ailleurs qui pourrait ? M’élever aurait été inimaginable, c’est certain. Et c’est sans doute pour cette raison que l’adoption semblait être la meilleure solution. Et puis ça n’a pas été aussi long que ce qui était prévu : huit mois de grossesse seulement. Je me demande de quelle attraction je subis le pouvoir, pour m’auto-dispenser d’un mois sur les neuf de rigueur. J’étais sans doute pressée d’appartenir le plus vite possible à quelqu’un, puisque malgré le fait qu’elle m’ait portée et m’ait donné la vie, je n’ai jamais été sienne. Trois semaines et demie plus tard, j’étais enfin chez moi.

 

Ils m’attendaient.  Oui c’est bien moi qu’ils attendaient, à l’aéroport, les yeux brillants.

Julia.

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Commenter cet article

Justine 24/04/2009 13:57

C'est super bien écrit!belle écriture et très émouvant! bravoooo tu est une artiiiiiiisteeeeeeeeeeeeeeeeeee mdr.

Marine 21/04/2009 19:11

c'est trop beau ... touchant ... bravo !

MLB 12/04/2009 17:11

Beaucoup de clarté, d'émotion et de justesse à la fois ; j'espère que ce qui "a commencé ainsi", c'est aussi un écrivain.

Morgane 11/04/2009 12:41

J'ai même pas les mots pour dire ce que je pense de ton autobiographie tellement c'est super... c'est vraiment émouvant, la façon dont tu racontes ce que tu as vécu... BRAVO, vraiment :) !

_Marie 10/04/2009 22:10

C'est bouleversant. J'en ai les larmes aux yeux Mais c'est magnifique : )

Lucie 10/04/2009 19:46

Superbe, très émouvant...