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Publié par Caroline

Transbaikalie_

 

 

Les rendez-vous manqués d'amoureux au creux d'une carrière de porphyre, - la géhenne et la gigue démente des bateaux en feu, par une nuit de brume, sur la mer du Nord - les géantes brousailles de ronces et les hautes coronnes de cimetière d'une usine bombardée - ne pourraient donner qu'une faible idée de ce vide pailleté de brûlures, de ce vaul'eau et de cette dérive d'épaves comme les hautes eaux de l'Amazone où mon esprit n'avait cessé de flotter après le départ, au milieu d'énigmatiques monosyllabes, de celle que je n'avais plus nommées que par des nom de glaciers inaccessibles ou de quelques unes de ces splendides rivières mongoles aux roseaux chanteurs, aux tigres blancs et odorants, à la tendresse d'oasis inutiles, au milieu des cailloutis brûlés des steppes, ces rivières qui défilent si doucement devant le chant d'un oiseau perdu à la cime d'un roseau, comme posé après un retrait du déluge sur un paysage balayé des dernières touches de l'homme : Nonni, Kéroulèn, Sélenga. Nonni, c'est le nom que je lui donne dans ses consolations douces, ses grandes échappées de tendresse comme sous les voiles de couvent, c'est la douceur de caillou de ses mains sèches, sa petite sueur d'enfant, légère comme une rosée, après l'étreinte matinale, c'est la petite soeur des nuits innocentes comme des lis, la petite fille des jeux sages, des oreillers blancs comme un matin frai de septembre, - Kéroulèn ce sont les orages rouges de ses muscles vaincus dans la fièvre, c'est sa bouche tordue de cette éclatante torsion sculpturale des poutrelles de fer après l'incendie, les grandes vagues vertes où flottent ses jambes houleuses entre les muscles frais de la mer quand je sombre avec elle comme une planche à travers des strates translucides et ce grand bruit de cloches secouées qui nous accompagne sous la couche des profondeurs - Sélenfa, c'est quand flotte sa robe comme un vol de mouettes ensoleillé au milieu des rues vides du matin, c'est dans de grands voiles battants, ocellé de ses yeux comme une queue d'oiseau à traîne, ce sont ses yeux liquides qui nagent autour d'elle comme une danse d'étoiles - c'est quand elle descend dans mes rêves par les cheminées calmes de décembre, s'assied près de mon lit et prend timidement ma main entre sses petit doigts pour le difficile passage à travers les paysages solennels de la nuit, et ses yeux transparents à toutes les comètes ouverts au dessus de mes yeux jusqu'au matin.




                                                                             ***




J'ai choisi ce poème car je le trouve très intéressant puisqu'il a une syntaxe particulière : il comporte seulement deux phrases.
Et je trouve que c'est un très beau poème, qui nous laisse imaginer énormément de choses, notammeent grace à des descriptions précises mais vagues en même temps.
C'est un poème qui m'a tout de suite interpellé, à cause du titre que je trouvais intriguant, et quand je l'ai lu je l'ai tout de suite adoré.




Julien Gracq_
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