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Publié par Morgane


Poème en prose de Baudelaire : chacun sa chimère, tiré du Spleen de Paris.

 

 

Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poundreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.

 

 

Chacun d'eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu'un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d'un fantassin romain.

Mais la monstrueuse bête n'était pas un poids inerte; au contraire, elle enveloppait et opprimait l'homme de ses muscles élastoqies et puissants; elle s'agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l'homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l'ennemi.


Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'évidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.


Chose curieuse à noter: aucun de ces voyageurs n'avait l'air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos; on eût dit qu'il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d'aucun désespoir; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d'un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sonst condamnés à espérer toujours.


Et le cortège passa à côté de moi et s'enfon\ca dans l'atmosphère de l'horizon, à l'endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.

 

Et pendant quelques instants je m'obstinai à vouloir comprendre ce mystère; mais bientôt l'irrésistible Indifférence s'abbatit sur moi, et j'en fus plus lourdement accablé qu'ils ne l'étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.

La Chimère était un monstre hybride à tête de lion, corps de chèvre et queue de dragon, bête redoutable qui séduisait et perdait ceux qui l'approchaient.
Dans ce poème, on peut voir deux mondes, le monde fantastique et onirique. Les couleurs dominantes dans ce poème en prose sont le blanc et le noir, ce qui crée un gris comme le vide, un monde sans espoir, plein de douleur. C'est un poème très visuel du fait des détails, donc on peut imaginer clairement la scène. Ce poème pourrait être représenté par une image mythique, une marche des hommes éternelle, comme si elle ne s'arrêterait jamais. J'ai aimé ce poème pour son originalité, et aussi parce qu'on peut imaginer très facilement la scène.




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MLB 07/01/2009 17:29

Très intéressant.

Sandrine 12/12/2008 20:09

Il adorait sourire à l'époque

René 12/12/2008 18:58

Le petit poète déambule parmi les manifestations essentielles de chacun (e)… il s’enquiert de toute lumière…et vous convie au partage des émotions…Amicalement.