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Publié par Julia


Kamisa à Sira.

A Brest.

 C'est fou comme tout est différent ici. Il suffit de prendre l'exemple de jeudi dernier : étant donné que Dahil à réussi à faire engager Ibrahim dans l'entreprise où il travaille et que je me retrouve seule dans l'appartement, j'avais décidé de sortir un peu pour faire les courses et tenter de m'intégrer à ma nouvelle vie.

Tout d'abord ce fut le choix du magasin qui posa problème car, au village, c'est un camion qui apporte les provisions pour la semaine alors qu'ici entre les Lidl, les Leader Price et tous ces magasins aux enseignes étranges c'est un vrai casse-tête. J'ai finalement décidé d'entrer dans le Leclerc et tu n'imagines pas tout ce que l'on peut y trouver ! Du riz, des tomates, du paprika mais aussi des robes, des pantalons et même des chaussures en passant par le savon, les livres et pleins d'autres choses que l'on ne trouve pas au village.

J'y ai passé toute ma matinée et ce n'est qu'après avoir examiné tous les rayons du magasin que je me suis souvenue de la liste de course pliée au fond de ma poche.

C'est en rentrant dans l'immeuble chargée de sacs plastiques remplis à ras-bord, que j'ai croisé la voisine du dessus, une petite dame, d'environ quatre-vingt ans, aux cheveux gris et à l'air habituellement serein. Elle descendait l'escalier en grimaçant, en grommelant « Ah! Ces satanés rhumatismes! ». Je la saluai poliment. Mon accent très prononcé la fit sourire. Comme je n'avais pas encore réussi à me faire aux changements climatiques et que malgré mes trois pulls je grelottais, je ne m'attardais pas et rentrais rapidement dans l'appartement.

Tu sais, je ne m'attendais pas à avoir aussi froid. Mais le froid n'est pas le seul de mes soucis : j'avoue avoir aussi du mal à utiliser des chaussures. Tout le monde en met ici : à lacets, à scratchs, à talons et c'est assez surprenant le nombre de magasins de chaussures en ville. Cela les étonnerait beaucoup, au village, où le bon usage est de marcher pieds nus.

Les odeurs et les saveurs aussi ne sont pas les mêmes. Ta mère hurlerait devant la fadeur des produits d'ici. Trouver un bon piment relève de la mission. D'ailleurs même mes plats n'ont plus la même finesse. Mais on se débrouille avec ce que l'on a et puis s’ils ne me plaisent pas autant qu'avant ils ont tout de même trouvé de nouveaux amateurs qui ne manquent pas de me réclamer de nouveaux plats. Car j'ai ainsi gardé l'habitude, comme au village, de cuisiner pour une vingtaine de personnes et d'apporter des gamelles aux habitants de l'immeuble. Et si aujourd'hui c'est devenu une habitude et que tout le monde connaît mon Gombo au poulet et au riz, la première fois ils avaient tous parus étonnés de mon geste qui pourtant est des plus anodins par chez nous.

C'est aussi une des nombreuses choses que j'ai observées, les gens d'ici se croisent mais ne se connaissent pas, tu le crois ? Il n'y a pas d'entraide, chacun fonctionne individuellement et ne se préoccupe de ce qui se passe chez l'autre que pour critiquer ou comparer. C'est comme s'ils craignaient tous de se mélanger.

Cependant j'ai fait quelques rencontres qui m'ont rassurée et m'ont permis de m'intégrer. Mme Kermavel, la voisine dont je te parlais plus haut, par exemple. Car j'avais un peu honte de l'avoir laissée dans l'escalier sans lui avoir proposé mon aide, j'ai concocté un des remèdes du sage du village avec quelques-unes des plantes, que j'ai ramenées de là-bas, pour ses rhumatismes. Elle parut enchantée de cette attention et m'invita à entrer pour partager un café. J'appris qu'elle était veuve depuis douze ans, qu'elle avait une fille qu'elle ne voyait presque plus car celle ci désirait l'envoyer dans un endroit spécialisé où les personnes âgées finissent impotentes et incapables de parler correctement. Ils appellent ça « Maison de Retraite ». Te rends-tu comptes, Sira ? D'où leur est venue cette idée complètement farfelue ?! Envoyer la sagesse et la connaissance à sa perte ainsi, quel dommage! Imagines-tu les anciens du village, s'ils apprenaient la façon dont ils seraient traités en France? Quelle absurdité!

Enfin bref, observer tout ceci est vraiment passionnant et c'est dommage que tu ne puisses pas voir tout ceci de tes propres yeux.

Je me sens un peu seule. La vie est tellement bizarre depuis que j'habite ici et un peu de compagnie ne me ferait pas de mal. Et même si les voisins sont pour la plupart aimables avec moi, les odeurs, saveurs, bruits et sons de mon pays me manquent.

Je te contacte très prochainement, embrasse tout le monde de ma part.

De Brest, le 31 mai 2008.




GUSTAV KLIMT : Les trois âges de la vie

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C
La lettre et le tableau sont tous les deux très jolis !
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M
Je tire mon chapeau bas en lisant ta lettre !<br /> J'ai vraiment apprécié la lire, je l'ai trouvée passionnante. Je trouve que tu as une telle légèreté dans ta façon de d'écrire les choses. Tu le fais si bien qu'on s'y croirait...<br /> Bravo.
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