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Publié par Marine



Lettre à ma mère.

                                                       

A São Tomé & Principe.

 

            Maman, je suis arrivée ici, à Paris, depuis plus de trois mois. Je dois t'avouer que je n'ai toujours pas trouvé un logement digne de ce nom pour vivre. Je dois me contenter d'une paillasse, sous un pont. Pourquoi ? Parce que je suis noire.

         Ici, en France, noir, c'est différent. Noir, c'est sale. Noir, c'est inhumain. Je dois avouer que je m'étais fait une idée différente des français. Je les pensais accueillants, ils sont intolérants. Je les pensais munis d'un cœur, ils n'ont dans leur poitrine qu'une énorme pierre. Jamais je n'aurais imaginé être autant rejeté. Partout où je vais, les gens me regardent en s'écartant.

         Si je vais m'assoir sur un banc, dans un parc, les mères disent à leurs enfants qu'il est temps de rentrer. Pour mon plus grand malheur d'ailleurs car, j'aime la compagnie des enfants qui peuvent, parfois, nous apprendre de nombreuses choses.

         J'ai essayé de trouver un travail. En France, on dit qu'il y a beaucoup de secteurs qui emploient. Mais en France, on dit aussi que le chômage augmente ... J'ai beau chercher, il n'y a jamais rien pour moi. Et curieusement, un Blanc va passer après moi, il va ressortir avec un travail.

         Les français, peuple raciste ... Quand je vois leur devise, ils ne la méritent pas : "Liberté, Egalité, Fraternité " ... Ce n'est pas parce qu'on a une différence que l'on est différent ... Et ça, ici, peu de gens le comprennent ...

         J'ai le cœur brisé depuis que je suis ici. Toi, la famille, les amis, si loin de moi. Je ne sais pas ce qui me retient de rentrer au village. Parfois, les nuits où je parviens à dormir malgré le froid qui devient de plus en plus piquant, il m'arrive de faire un rêve : je suis avec vous tous, au pays, on fait une fête pour célébrer mon retour, et on est dans une grande maison. Cette maison est la nôtre ... C'est un rêve ...

         Je t'écrirai encore, maman, toutes les choses que je vois ici. Et peut-être un jour, je te parlerais de bonheur ...

 

 

De Paris, le 17 Février 2008


CHRISTELLE HENAFF : Contre le racisme

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