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Publié par Maud

   La petite dernière est un roman d’autofiction écrit par Fatima Daas. Il a été publié le 20 août 2020 aux éditions Noir sur blanc.

   Dans ce roman aux allures de journal intime, on fait la rencontre de Fatima Daas. Elle est la petite dernière, née en France, d’une famille musulmane d’origine Algérienne. Fatima est lesbienne. A cœur ouvert et sans pudeur, elle nous confie sa difficulté, en tant que jeune femme lesbienne et musulmane pratiquante, à trouver sa place et son identité.

 

Déclaration des droits de Fatima par Maud

 

Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait la question ; tu ne lui ôteras pas moins ce droit. Dis-moi ? Qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents?

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits.

Les personnages féminins de romans, représentantes des mères, des filles, des sœurs, constituées en Assemblée internationale, ont résolu d'exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs.

En conséquence, l’Assemblée internationale des personnages féminins de romans reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les Droits suivants de Fatima personnage du roman La petite dernière de Fatima Daas.

 

 Tableau Le 28 Juillet : La Liberté guidant le peuple - Delacroix, Eugene.

Tableau Le 28 Juillet : La Liberté guidant le peuple - Delacroix, Eugene.

 

Article premier. — La femme et l’homme naissent libres et demeurent égaux en droit. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

 

Je choisis volontairement, comme Olympe De Gouges, de reprendre le premier article de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, car cela donne à mon texte valeur de loi et de fondement de la société au même titre que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le lecteur reconnaît l’origine du texte en reprenant sa forme et sa formulation, on hérite de sa portée.

Cet article est fondamental car il évoque la liberté et l’égalité au sens large. Je le modifie en associant l’homme et la femme pour enlever l’ambiguïté existante dans le texte d’origine. A l’époque post-révolutionnaire, le terme « homme » pouvait être largement interprété comme individu du sexe masculin. Notre héroïne, femme musulmane, lesbienne, vivant en banlieue, subit des discriminations multiples. Reprendre cet article traitant de manière générale de la liberté et égalité, permet de rappeler, sans rentrer dans les détails, ses droits fondamentaux.

 

Déclaration des droits de Fatima par Maud

Article 2. — Les femmes et les hommes demeurent libres d’aimer n’importe quelle personne de tout sexe. La loi réprime les propos homophobes au même titre que les propos antisémites ou racistes. La loi ouvre le mariage aux couples de même sexe. La loi lutte contre les discriminations et pour l'égalité.

 

L’héroïne subit une discrimination religieuse liée à ses orientations sexuelles. Les homosexuels sont bannis. Elle se révolte :

« - Tu sais quoi ? C’est pas grave, mama ! Aujourd’hui on peut tout être : violeur, tueur en étant musulman, sauf être un homme et en aimer un autre. D’entrée de jeu, on élimine, on le fait sortir de la religion. Mais qui sommes-nous pour interférer dans la foi et la pratique de quelqu’un ? Et puis tu ne crois pas qu’ils auraient préféré aimer les femmes ? » (p. 157)

Cet article a pour but d’affirmer la liberté d’aimer, la reconnaissance par la société de tous les types de couple. Et la condamnation des discriminations liées aux orientations sexuelles ou racistes.

 

 

 

Article 3. Pour les femmes comme pour les hommes, la liberté de pensée, d’opinion et d’expression est un droit fondamental de notre société ; toute personne est libre de pratiquer n’importe quelle religion. Cette liberté ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles prévues par la loi.

 

L’héroïne est brimée quand elle s’habille de manière masculine.

« Un matin, avant d’aller au collège, devant le miroir je couvre mes cheveux de gel. J’étale ça avec délicatesse. Ma mère me surprend. Elle entre, et là c’est comme si elle m’avais grillée en train de fouiller dans son sac ou de mettre le feu à la maison.

Ma mère dit :

- Dieu a créé l’homme et la femme. Dieu n’aime pas quand une fille veut ressembler à un garçon. » (p.93)

 

Sa religion comme beaucoup d'autres rejette les homosexuels.

« - Il existe des chrétiens homosexuels comme il existe des lesbiennes musulmanes. Dieu sait mieux que nous, et nous ne savons rien. Dieu a créé les péchés en sachant que nous pécherions. Mais l’homosexualité est interdite en islam, il faut s’en éloigner. » (p.145)

 

Je garde la trame de la DDHC. Comme Olympe De Gouges, je la détourne pour, dans ce cas particulier, revendiquer la liberté de pratique religieuse. Mais également affirmer que la pratique religieuse, quelle que soit la religion, doit se faire dans le respect de la loi et des valeurs de la société. La loi et les valeurs de la société priment sur la religion et non l’inverse.

 

 

Article 4. — Nulle femme, comme nul homme, ne peut être inquiétée pour ses origines sociales. Chacune est justiciable, chacune a donc droit de société indépendamment de ses origines. Pourvu que ces manifestations ne troublent pas l’ordre publique établi par la loi.

 

A nouveau je reprends un article de la DDHC toujours dans le but de donner au texte valeur de loi et fondement de la société. Je détourne cet article pour interpeller le lecteur sur les discriminations sociales. Étant égaux devant la loi, les citoyens, quelles que soient leurs origines et leurs conditions sociales, doivent avoir une même chance de trouver la place qu’ils souhaitent dans la société. Trouver cette place doit se faire dans le respect de l’ordre public établi par la loi.

« Le professeur d’espagnol nous distribue nos devoirs maison. Il garde ma copie dans ses mains. Il me regarde avec ses grosses lunettes.

- Mademoiselle Daas, vous voulez bien sortir avec moi deux minutes ?

- […] Qui a fait votre devoir ?

Je ne comprends pas bien, alors je dis en souriant mon devoir maison ?

Il répond oui, votre devoir maison. Qui l’a fait à votre place ?

Parfois, quand les gens doutent de moi, je me mets moi-même à douter, c’est marrant, j’invente des scénarios pour leur donner raison, mais, cette fois, je n’en avais pas envie parce que le travail avait été facile et que je n’avais pas eu de plaisir à le faire.

Je n’ai pas répondu.

J’espérais qu’il m’annoncerait que c’était un poisson d’avril en février, n’importe quoi, mais ce n’était pas le genre de mec à faire des blagues. J’ai cru encore qu’il finirait par se reprendre, qu’il sentirait, grâce à mon silence, que c’était lui la putain de grosse blague.

Il a recommencé dans son délire :

- O.k., très bien, qui vous a aidé ?

Je commençais à fatiguer, mais j’ai quand même répondu :

- J’adore l’espagnol. J’avais dix-huit de moyenne l’année dernière et j’ai eu seize au bac. » (p.84-85)

 

 

Déclaration des droits de Fatima par Maud

Article 5. — La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nulle femme, comme nul homme, ne peut être punie qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée à tous.

 

Pour mon premier article j’avais choisi de traiter la liberté et l’égalité, des thèmes fondamentaux, afin de donner une portée très large à mon texte. Reprenant la forme des articles des Droits de l’homme et du citoyen, il a vocation à amender cette dernière et donc faire évoluer les lois et les fondements de notre société.

Toujours dans le même esprit, je choisis cet article exprimant que la loi est au-dessus de tout. A nouveau un thème générique réaffirmant dans ce dernier article, la volonté d’une portée universelle.

Notre héroïne subit des pressions pour ne pas s’habiller comme un garçon, sa religion la rejette parce qu’elle est lesbienne, son père est violent sous prétexte de respect, toutes ces pratiques qui peuvent être liées à la culture et la religion, sont contraires à la loi. La loi est au-dessus de tout et s’applique à tous et toutes. Les aspects culturels ou religieux ne peuvent constituer des circonstances atténuantes. Ces pratiques sont donc condamnables.

 

Déclaration des droits de Fatima par Maud
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