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Publié par Adèle

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Tableau contemporain d'Apollinaire illustrant le thème de l'Amour

La Promenade, Marc Chagall, 1918

La Promenade, Marc Chagall, 1918

J’ai choisi ce tableau car je pense qu’il est lié de plusieurs manières à la poésie, à la vie et à la vision de l’amour d’Apollinaire.

D’abord, Chagall peint cette œuvre en 1917-1918 à Paris en pleine Première Guerre Mondiale et durant la Révolution russe. C'est à cette époque qu'il fréquente Malevitch, Apollinaire, Picasso et Matisse et découvre le cubisme et le fauvisme. Apollinaire fut un acteur majeur dans la révolution esthétique du début du 19ème siècle, ami proche de Picasso qu'il rencontre en 1905, de Marc Chagall, de Robert Delaunay ou encore de Giorgio Di Chirico: tous lui ont consacré un portrait, tandis qu'il devenait passeur d'une époque, d'un mouvement. En 1911, Marc Chagall créa l’œuvre « Hommage à Apollinaire ». Cette œuvre est réalisée comme son nom l’indique en hommage à Apollinaire, rencontré lors de son 1er séjour à Paris. Chagall s’installe dans un atelier de La Ruche, il avait pour voisin le peintre Fernand Léger et l’écrivain Guillaume Apollinaire. En avril 1914, Apollinaire publie le poème « A travers l'Europe » où l'on retrouve des images empruntées aux tableaux de Chagall, à qui le poème est d’ailleurs dédié.

Au premier plan, on peut voir un couple dont l'homme est Chagall retenant par la main sa première femme, Bella Rosenfeld, qui gravite dans les cieux. Il fait tout son possible pour la retenir près de lui, nous pouvons faire le parallèle avec la relation amoureuse entre Annie et Apollinaire. Il était parti la chercher à Londres pour tenter de la reconquérir, de l’empêcher de partir avec un autre. Par ce geste, il montre aussi à quel point les liens sociaux sont fragiles. Ainsi, nous pourrions penser qu'il veut exprimer que son amour pour elle est immortel : il pensera toujours à elle et l'empêchera de le quitter totalement où qu’elle décide d’aller. Son harmonie est très fragile et semble dépendre d'elle, pourtant, cette femme ne tient qu'au bout de sa main. On ne peut s’empêcher d’imaginer ce qu’il se passera s’il la lâche, ce tableau prend alors un aspect tragique, menaçant. D’ailleurs, dans son œuvre Apollinaire aborde à plusieurs reprises la souffrance apportée par l’amour. De plus, Bella fut l'une des principales sources d'inspiration de Marc Chagall, comme le furent plusieurs femmes dont Annie Playden et Marie Laurencin pour Apollinaire.

Au second plan, l’église semble faire le lien entre les deux mondes: spirituel et matériel. Ici encore on retrouve un lien avec Apollinaire qui était très croyant lorsqu’il était jeune. La partie basse de l'image représente le monde matériel, la dure réalité, cette femme et l’amour en général semble être un moyen de s’en échapper, transformant alors ce plaisir en besoin, en addiction, comparable à certains Alcools. Pour finir, toujours tournées autour de l’amour, les œuvres de Chagall dégagent une certaine légèreté et apesanteur au sein d’un imaginaire très poétique : "Malgré tous les ennuis de notre monde, je n'ai jamais abandonné dans mon cœur l'amour dans lequel j'étais élevé ou l'espoir de l'homme dans l'amour. Dans la vie, comme sur la palette de l'artiste, il n'y a qu'une seule couleur qui donne un sens à la vie et à l'art - la couleur de l'amour."

CITATIONS

 

Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s'il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance.

La Chanson du mal-aimé, Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne

Les Colchiques, Guillaume Apollinaire, Alcools, 19132

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Le Pont Mirabeau, Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

L’amour lourd comme un ours privé

Dansa debout quand nous voulûmes
Et l’oiseau bleu perdit ses plumes

La Tzigane, Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Marie, Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

 

ANALYSE

Le thème de l'Amour dans Alcools

 

L'amour occupe une partie importante dans la vie du poète Apollinaire, cette vision de l’amour se retrouve notamment dans Alcools. Au début du recueil, Apollinaire est emplit du bonheur d'aimer et d'être aimer, avant de connaître déceptions sur déceptions et de se renfermer face à l'amour. Ce thème fut d’ailleurs celui qui inspira son ami Marc Chagall et dont la perception de l’amour et de l’art était assez proche de la sienne : « L'art doit être une expression d'amour ou ce n'est rien. »


De 1901 à 1913, deux femmes ont successivement inspiré Apollinaire : Annie Playden, la jeune Anglaise rencontrée en 1901, puis la peintre Marie Laurencin à partir de 1907. Ces deux histoires d’amour se ressemblent : un amour porteur de promesses de bonheur aboutit au rejet de l’amant par l’amante ; l’amant mal-aimé ne peut se détacher de ce passé qui le torture ; sa douleur se sublime dans l’acte poétique qui transforme l’Amante en mythe et rend au Poète sa force créatrice.

 

Le cycle d’Annie est constitué par « La Chanson du Mal-Aimé », « Annie », « L’Adieu », « L’Émigrant de Landor Road », « La Dame » et, de façon explicite (« Mai ») ou implicite, par tous les poèmes d’inspiration rhénane. « Salomé » peut aussi se rattacher à ce cycle.

 

Au cycle de Marie Laurencin appartiennent les poèmes « de fin d’amour » : « Zone », « Le Pont Mirabeau », « Marie » et « Cors de chasse », qui commémorent « les mêmes souvenirs déchirants ». Mais « Le Voyageur », publié en 1912, l’année de la rupture, peut être aussi rattaché à ce cycle.

 

Par rapport aux poèmes du cycle d’Annie, ceux qu’a inspirés Marie se caractérisent par une moindre intensité de la douleur et du déchirement, au profit d’un approfondissement de la tristesse. Néanmoins « Zone », le dernier écrit des poèmes d’Alcools, témoigne encore de « L’angoisse de l’amour », comme si Guillaume « ne devait jamais plus être aimé ».

 

En effet, nous savons qu’Apollinaire a écrit certains textes pendant sa jeunesse. Sa vision de l’amour est alors enfantine et heureuse : l’amour entre celui-ci et la femme est réciproque comme au tout début du poème « le pont Mirabeau ». Aussi, il parle d’un amour intense, de bonheur et de parfaite harmonie, cependant la relation peut être brève comme nous le montre « Rosemonde » car c’est un amour de passage qui dure seulement quelques heures. De plus, le poète ressent une attirance physique comme dans « Aubade » où Mars et Vénus s’embrassent à bouches folles. Nous remarquons de plus, une facette juvénile de l’amour issue des contes de fée car Apollinaire nous fait partager sa découverte de l’univers amoureux à travers ces premières conquêtes que sont Annie Playden, Marie Laurencin et d’autres. Prenons « Rosemonde » : le poète utilise un langage enfantin pour s’exprimer, par exemple quand il dit : « la maison où entra la dame ».

 

Puis, plus loin dans le recueil, erre cet homme mal-aimé qui chante ces poèmes, figure assimilable à Apollinaire lui-même. Et tout comme la pensée du mal-aimé se remémore l’amour perdu et la nostalgie du temps passé. A l’opposé, Apollinaire nous dévoile ses déceptions et ruptures amoureuses. On y perçoit l’angoisse dans certains poèmes. Par exemple, dans « Marie » et « Zone » avec « l’angoisse de l’amour te sert le gosier » ou bien « l’amour dont je souffre est une maladie honteuse ».

 

AUDIO

Lecture à voix haute du poème Le Pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire (p.52-53, Alcools). J'ai choisi la mélodie au piano de la chanson de Léo Ferré - dont ce poème est éponyme - comme accompagnement musical.

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