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Publié par Eléa

Juste la fin de la pièce II, 4 par Eléa

Scène 4 de la partie II

 

 

LOUIS. - Avant de partir,

je dois t’annoncer quelque chose,

lui annoncer quelque chose,

vous annoncer quelque chose...

Quelque chose d’important …

Il a dix jours je me suis éveillé avec l’idée de vous voir,

l’idée de vous voir car je suis mourant.

 

Je sais que je n’ai pas passé suffisamment de temps avec vous.

Je pense que c’est pour ça que je suis ici aujourd’hui.

Je ne voulais pas vous dire,

vous dire au revoir au départ.

Je me suis donné d’excellentes raisons,

des raisons, pour ne pas venir,

mais au final je n’ai pas changé d’avis.

Et me voilà aujourd’hui.

Devant vous,

encore vivant.

Au départ je ne voulais pas vous le dire,

je ne voulais pas te blesser, la blesser,

vous blesser,

Je sais que ça ne doit pas être facile,

facile d’entendre cela.

Je sais que ça doit être dur

pour moi, ça l’est tous les jours depuis un an,

je me réveille en pensant à la mort

je me réveille avec cette envie de mourir,

que mon corps meure.

 

Je ne saurais comment l’expliquer mais il y a dix jours,

je me suis réveillé avec l’idée que

mes proches ne m’aiment plus,

c’est donc à ce moment-là,

ce moment-là, j’ai su que je devais venir vous voir.

Je voulais à tout prix trouver le moment décent pour venir,

venir vous voir,

une dernière fois,

un dernier dimanche,

vous accorder

des derniers souvenirs avec moi.

Je souhaitais que votre dernier souvenir de moi soit heureux,

je suis conscient que ce dimanche,

ce dimanche, ne pourra pas rattraper tous ceux perdus,

perdus à jamais,

j’en suis sincèrement désolé.

Mais c’est ma manière d’être,

je n’ai pas pour habitude de montrer ce que je ressens,

ce que je ressens, aux gens

je me suis éloigné de vous durant des années,

je ne voulais vraiment pas te faire du mal,

lui faire du mal,

vous faire du mal.

 

ANTOINE. - Pourquoi tu nous annonces ça,

pourquoi nous annoncer ça maintenant,

tu ne peux pas nous annoncer ça maintenant,

pas après toutes ces années de silence,

toutes ces années sans nouvelles,

toutes ces années perdues.

Tu ne te rends donc pas compte du vide que tu as laissé,

le vide, que tu as laissé dans nos cœurs.

En plus de ça, tu te permets de nous dire...

de nous dire,

de nous estimer heureux que tu nous aies offert

un dernier dimanche !

Un dernier dimanche silencieux,

encore heureux que tu sois venu nous voir,

pour

la dernière fois.

 

SUZANNE. - Stop !

Antoine, tu vas arrêter de dire des atrocités.

 

CATHERINE. - Antoine, pèse tes mots,

fait attention à ce que tu dis,

tu ne peux pas dire ça à ton frère,

tu ne peux pas te permettre de lui reprocher quoi que ce soit.

Pas maintenant.

 

LA MÈRE. - Mais Louis, qu’est-ce que tu racontes,

qu’est-ce que tu nous racontes,

pourquoi tu ne nous as pas dit ça plus tôt,

quand il en était encore temps.

Pourquoi es-tu resté silencieux ?

 

SUZANNE. - Mais comment c’est possible, Louis ?

Comment peux-tu être malade,

comment peux-tu être mourant,

de quoi es-tu malade ?

tu es trop jeune

non,

je refuse d’y croire,

je n’ai pas passé suffisamment de temps avec toi,

je voulais encore apprendre à te connaître,

mon frère.

 

LOUIS. - Ma maladie importe peu, tout ce que vous devez savoir,

c’est que je suis mourant,

je suis destiné à une mort prochaine,

je suis resté silencieux,

car je suis comme ça.

Ne vous inquiétez pas pour moi,

je vous verrai d’en haut,

je serai avec père,

je suis heureux d’avoir eu la force de vous le dire,

heureux,

d’être l’unique messager de ma mort.

 

ANTOINE. - Comment tu peux dire des choses aussi stupides,

des choses, aussi graves,

c’est quoi ton problème,

à gâcher un dimanche en famille

tu n’en as rien à faire de nous,

rien faire à ce point-là ?

Jusqu’au bout tu ne nous dis rien de ta vie.

Et tu te réjouis de nous avoir annoncé ta mort.

 

SUZANNE. - Ta gueule, Antoine !

 

LOUIS. - Calme-toi Suzanne.

Ne t’inquiète pas, Suzanne,

Suzanne, ne t’inquiète pas,

tu n’as pas à t’inquiéter,

Antoine n’a pas tort,

mais ses paroles ne m’atteignent pas,

je voudrais juste que pour une dernière fois,

on se dise au revoir,

qu’on se dise au revoir de manière,

calme,

posée,

avec soin et précision,

Au revoir.

 

Louis se dirige vers son taxi qui vient d’arriver, sans se retourner.

 

Juste la fin de la pièce II, 4 par Eléa

J’ai choisi de laisser parler Louis sur une page pour que ce personnage ait un droit de parole, qu’il puisse exprimer librement sa pensée. Que les autres personnages l’écoutent. Même Antoine, de nature impulsive, ne lui coupe pas la parole car c’est un long discours important. Louis ne parle pas souvent de lui à ses proches donc ses proches sont bouleversés et à l'écoute. Louis reste vague quant à la raison de sa mort, j’ai voulu suivre l’idée de l’auteur, de mettre sous silence la maladie de Louis et son homosexualité, pour qu’un maximum de personne puissent s’identifier.

Ensuite,  j’ai essayé d’imaginer les réactions des différents personnages, même si c’est assez compliqué car on ne peut pas deviner comment les personnages vont réagir face à une nouvelle aussi grave. Antoine comme tout au long de la pièce est impulsif. Suzanne est choquée, elle va se confronter à Antoine, elle va, enfin oser lui dire de se taire. Catherine ne s'exprime pas vraiment, elle tente juste de calmer Antoine, de le "raisonner". La mère a du mal à réaliser.

 

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