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Publié par Adèle

Gaudé par Adèle - N'être Rien

Citation de Eldorado, par Laurent Gaudé, Chapitre VII, L'homme Eldorado, page 137.

"Il n'était plus personne. Il se sentait heureux. Comme il est doux de n'être rien. Rien d'autre qu'un homme de plus sur la route de l'Eldorado."

 

Je me suis arrêtée sur cette citation car elle m'a interpellée par la similarité que j'y ai trouvée avec un passage de la Nouvelle Encyclopédie du Savoir Relatif et absolu de Bernard Werber :

« Qu'y a-t-il de plus jouissif que de s'arrêter de penser ? Cesser enfin ce flot débordant d'idées plus ou moins utiles ou plus ou moins importantes. S'arrêter de penser ! Comme si on était mort tout en pouvant redevenir vivant. Être le vide. Retourner aux origines suprêmes. N'être même plus que quelqu'un qui ne pense à rien. Être rien. Voilà une noble ambition. »

Ces citations nous interrogent sur qui nous sommes, sur la distance que nous nous autorisons à prendre avec ce qui compose notre vie pour nous accorder un peu de liberté et sur le bonheur que cette liberté peut nous apporter.

Ici, le commandant Piracci réalise que le rôle qu'il joue dans la vie des migrants qu'il intercepte ne lui convient plus, avant il les voyait comme des étrangers contre qui il devait protéger sa terre, aujourd'hui il les admire et voudrait partager l'espoir qu'il voit dans leurs yeux. Il souhaite disparaître, ne plus dépendre de rien, s'éloigner de tout, voilà sa seule espérance. A l'instar de ces migrants, il souhaite se perdre dans les foules d'hommes et de femmes, ne plus être ce garde-côtes insensible, n'être plus qu'un pauvre homme qui voyage et espère. 

Ensuite, nous pouvons remarquer différentes figures de styles dans ce court passage, elles améliorent la fluidité de la lecture et la musicalité du texte. D’abord, il y a une anadiplose : « Comme il est doux de n'être rien. Rien d'autre qu'un homme de plus » marque la liaison entre les deux phrases et permet d’accentuer l’idée de « n’être rien ».

Pour finir, nous pouvons relever le paradoxe dans la phrase : « Comme il est doux de n'être rien. » entre l’idée de la douceur et celle de n’être plus rien qui révèle une vérité surprenante et attire la curiosité du lecteur.

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