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Publié par i-voix

Entretien partagé - Montaigne

PRESENTATION DE L’ŒUVRE

 

Les Essais constituent l’œuvre majeure de Michel de Montaigne, elle comporte trois livres et cent sept chapitres.

Montaigne est un philosophe, humaniste et moraliste français, né en février 1533 et mort en 1592. Il a vécu sous Henri II et connait l’atrocité des guerres de religions. Ce recueil est le fruit d’un long travail de 1572 jusqu’à sa mort. Montaigne est un humaniste, c’est à dire un mouvement intellectuel qui s’épanouit en Europe au XVI siècle et qui tire sa philosophie des œuvres antiques (on le voit bien dans l’œuvre ou Montaigne cite de nombreuses fois Sénèque, Lucrèce et Cicéron). Il aborde aussi différent courant philosophique à travers le recueil : le stoïcisme, l'épicurisme et le scepticisme pyrrhonien.

L’essai est une œuvre de réflexion portant sur des sujets divers exposée de manière personnelle par l’auteur, il peut être polémique ou partisan. Ici tous les sujets sont abordés : la médecine, la vie publique, l’éducation, l’amitié, le bonheur, la mort.. Mais il aborde aussi des sujets polémique pour son époque : les guerres de religion, le colonialisme et la découverte du nouveau monde, notamment à travers les deux chapitres auxquels nous allons nous intéresser aujourd’hui : Des cannibales (livre 1 chapitre 31) et Des coches (livre 3 chapitre 6). Des cannibales est une comparaison entre le monde européen et le nouveau monde c’est à dire les indiens. Cette situation racontée à partir d’une véritable rencontre de Montaigne à Rouen.  Il dénonce notamment les exactions de européens, en les comparant à celle des amérindiens. Des coches est une digression de l’auteur sur un thème plutôt banal : les voitures. Il finit par aborder le thème de la colonisation, et condamne les conquistadors par les atrocités qu’ils ont commises, tout en faisant l’éloge des amérindiens. Il finit cependant par revenir au sujet principal à la fin de son essai à travers une phrase célèbre paraissant anecdotique : “Et pour en revenir à nos voitures”, comme si tout ce qu’il venait de dire était sans importance.

J’ai personnellement choisi cette œuvre car son message reste d’actualité, il faut s’interroger sur la relativité des coutumes avant de juger, pour ne pas faire preuve d’ethnocentrisme. Dans notre société sans cesse en mouvement et où des ethnies de plus en plus différentes se rencontrent et se croisent, je pense qu’il est important de relativiser et d’être ouvert d’esprit : le barbare n’est pas forcément celui qu’on pense. J’aime aussi beaucoup la manière d’écrire de Montaigne, surtout dans Des coches : on est guidé au fil des pensées de l’auteur, ce qui rend notre lecture fluide, et nous amène à penser comme Montaigne.  

 

 

Entretien partagé - Montaigne

QUESTIONS -RÉPONSES

 

Pourquoi est-ce de cette œuvre que vous avez souhaité parler lors de votre oral ?  

J’ai souhaité choisir les Essais de Montaigne comme œuvre car elle m’inspire beaucoup, tout comme l’auteur. Il expose des pensées totalement révolutionnaires pour son époque, en désaccord avec les croyances, la religion, le roi... Il était cependant trop en avance pour son temps, la colonisation dura en effet jusqu’au 20ème siècle. Les idées qu’il cherche à transmettre, notamment de relativisme et d’universalisme, font écho à la société actuelle, et je souhaitais améliorer ma compréhension de l’œuvre en général en travaillant plus précisément dessus. Il me semble important comme Montaigne, de pouvoir citer des philosophes et écrivains inspirants, afin de donner plus de sens à mon argumentation. En l’occurrence les Essais m'est l’œuvre idéale pour débattre autour de la question du relativisme 

Dans dix ans, si vous ne vous souvenez que d’un détail ou de quelques éléments de l’œuvre, de quoi s’agira-t-il à votre avis ? 

Je pense que je me souviendrai de la rencontre de Montaigne avec les amérindiens à Rouen. C’est vraiment le choc entre ces deux civilisations qui m’a marqué. D’un côté les amérindiens, étrangers à ces grandes villes, à ces rois, à la misère, aux classes sociales, innocent en quelque sorte. De l’autre côté les européens méprisants et médisants envers cette nouvelle civilisation qu’ils considèrent comme inférieure et qui restent cependant des hommes. C’est un passage marquant et un extrait me reviendra surement en mémoire : lorsque l’indien demanda pourquoi le roi était un enfant faible et chétif entouré par de solides soldats, et pourquoi les soldats ne gouvernaient –ils pas. Ce passage représente bien la stupidité de certaines de nos manières : pourquoi un enfant devrait diriger des adultes.

 

Quelle idée avancée par l’auteur vous interpelle le plus ?  

Pour moi, c’est l’idée de relativisme que porte Montaigne qui me marque le plus. Par ses propres observations ou par les récits des voyageurs, il a constaté la grande diversité des usages, et cherché à les expliquer plutôt qu’à les juger, car il a remarqué qu’on condamne souvent comme barbares des coutumes simplement différentes des siennes. On peut rapprocher cette volonté de compréhension d’autrui du relativisme, mais ce qu’il désapprouve surtout, c’est ce qu’on appellerait aujourd’hui l’ethnocentrisme, le fait d’accorder à ses propres valeurs ou usages une valeur universelle : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». 

 

Entretien partagé - Montaigne

Quels plaisirs ou intérêts avez-vous trouvés dans vos activités d’appropriation? 

J’ai beaucoup aimé l’aspect de réflexion autour d’un sujet aussi polémique que le cannibalisme. Il est en effet très compliqué de trouver des arguments justifiant cette méthode au premier abord, car le cannibalisme est un péché dans notre société occidentale. Finalement quand on approfondit plus longuement la question, on comprend que cette pratique peut être tout à fait normale pour certaines civilisations. Ce travail m’a permis de faire preuve de relativisme, une doctrine fondamentale de Montaigne à travers ses Essais 

En quoi ces activités d’appropriation vous ont-elles permis de mieux percevoir les enjeux de l’œuvre ?

Cet article m’a permis de mieux comprendre les intentions de l’auteur. En effet, bien qu’après avoir lu le chapitre Des Cannibales, je n’étais pas convaincu par Montaigne sur le sujet du cannibalisme. Mais après des recherches aussi bien informatives qu’historiques sur le sujet, j’ai compris que le cannibalisme est finalement assez “normal” sous certains points de vue. En effet, on peut le justifier par le fait que cette pratique a par exemple pour but de rendre hommage à un mort, un guerrier valeureux, ou encore pour montrer sa domination sur la tribu adverse. Je comprends donc bien que Montaigne le considère comme une pratique moins choquante que la torture, inhumaine, pratiquée par les européens.  

Quels liens faites-vous entre cette œuvre et le mouvement humaniste ? 

Je fais un lien entre les Essais et l’humanisme. Cette doctrine  place la personne humaine et son épanouissement au-dessus de toutes les autres valeurs et Montaigne nous montre que la nature humaine est bonne et mérite le respect. Montaigne explique que, dans la nature, des fruits sauvages que l'on trouve  ne sont pas inférieurs aux créations de l'homme : la plante qui pousse à l'état sauvage dans la Nature serait même supérieure à une création artificielle car plus robuste, plus naturelle. Cette argumentation se fonde sur un raisonnement analogique et conduit Montaigne à affirmer paradoxalement la supériorité des Sauvages , plus proches de la Nature , adeptes de lois naturelles, sur les Civilisés, corrompus par les vices. Montaigne entend ainsi nous convaincre que la nature humaine est foncièrement bonne et digne de confiance : à l'état de Nature, les rapports humains se passent de lois et de règlements 

 

Avez-vous des points de désaccord avec l’auteur ? 

Je trouve que l’auteur a parfois des jugements très tranchés sur certains sujets, notamment le cannibalisme. Je suis d’accord pour dire que le cannibalisme ne devrait pas être considéré comme un péché, mais cela dans les limites des droits de l’homme : si quelqu’un  ne veut pas être mangè, il en à le droit ! C'est quelque chose que semble oublier Montaigne. Je trouve aussi qu’il montre uniquement les points positifs des amérindiens, il n’est parfois par très objectif : cette civilisation paraît trop irréelle car trop parfaite. 

À quelle œuvre auriez-vous envie d’associer l’œuvre ?

J’associerais bien cette œuvre à une peinture de Goya – Saturne dévorant son fils. Montaigne évoque souvent la fraternité, comment l’homme lui-même peut être une menace pour l'humanité. Et il y a un passage sur le cannibalisme dans le texte “Des cannibales”, en mangeant le corps mort de l’ennemi, nous mangeons ses ancêtres et notre propre chair. 

En quoi cette œuvre peut-elle encore intéresser un lecteur contemporain ?

Cette œuvre reste actuelle et peut intéresser un lecteur contemporain au regard des sujets traités par Montaigne avec la question de l’altérité, des différences et des opinions courantes et communes. Montaigne nous oblige à penser, à interroger les évidences et à lutter contre nos certitudes. 

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