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Publié par Arthur R

Confession - Simon

Je ne crois pas en Dieu. J’éprouve simplement le besoin d’exprimer ce qui me fait souffrir aujourd’hui.

 

Je m’en veux. Oui, je m’en veux d’avoir été si stupide. Si stupidement égoïste, ne m’intéressant qu’à moi-même, à mes matchs de boxe. Jamais de gratitude envers celle qui m’a toujours aimé, qui m’a élevé, qui m’a mis au monde. Elle qui a tant souffert, je n’ai jamais compris son silence. Je n’ai jamais cherché à comprendre son indicible histoire. De la haine. Voilà ce que j’éprouvais à son égard. Sa tendresse, sa sagesse, sa gentillesse, jamais je ne les remarquais, crachant sur tout ce qui venait d’elle, jusqu’à son testament, à deux doigts de profaner sa sépulture.

 

Quand elle essaya de nous mettre sur la piste de sa vie tragique, de nous faire comprendre son silence, je l’ai insultée, détestée, incendiée de ma haine sans limite. Elle qui a tout vécu, de l’amour le plus pur jusqu’à la souffrance la plus horrible. Elle a eu l’enfant qu’elle voulait, issu d’un amour véritable. Elle se l’est fait enlever par sa mère, engluée dans la colère qu’elle éprouvait envers elle, comme sa mère l’était à l’égard de sa mère avant elle. Première douleur d’une vie de souffrance. Elle promit à son fils « Quoi qu’il arrive, je t’aimerai toujours !». Naïve promesse d’une mère encore enfant. « et l’enfance sera un couteau que je me planterai dans la gorge »… Jamais elle ne crut si bien dire. Le fils qu’elle aimait tant, elle le chercha toute sa vie. Elle traversa un pays en guerre, d’Est en Ouest, du Sud au Nord, elle risqua sa vie à chaque instant sans jamais le trouver. Du moins pas comme elle l’espérait. Le fils de Nawad et Wahab, produit de la guerre, était devenu le bourreau de sa mère. Son violeur, son tortureur, et en même temps le père de ses enfants. Oui, il lui avait donné deux enfants : une fille et un fils. Ma sœur et moi. Mais durant ses années de prison, prisonnière d'une ineffable souffrance, elle chantait. Elle avait assez de courage pour chanter ! C'est dire si elle eût été forte.

 

Bien sûr, tout cela je l'ai su après sa mort. Son ami Hermile Lebel en savait bien plus que nous, ses enfants, sur elle. Ma mère. Son silence aujourd'hui exprime bien plus que tout ce qu'elle aurait pu nous dire. Et nous l'écoutons toujours, sans jamais nous lasser. Maintenant, c'est l'inverse: c'est ma mère que j'aime et moi que je déteste.

 

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